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Inflation, croissance… La pression monte sur les salaires

Avec la nouvelle augmentation du Smic ce dimanche 1er mai, 85% des accords de branche auront des minimas inférieurs au salaire minimum. Une situation qui, couplée à une inflation de près de 5% en un an, une croissance à 0% ce mois-ci et un pouvoir d’achat toujours plus faible, augmente dramatiquement les tensions autour des salaires. Pour Clémence Berson, chercheuse en économie du travail au Liepp, affilié à Sciences Po, le réel problème de cette inflation est son côté incertain. « Les entreprises et les salariés sont dans l’expectative, car l’inflation est directement liée à l’incertitude géopolitique », explique-t-elle. « L’augmentation de l’inflation ne crée pas de situations nouvelles, ajoute Luc Mathieu, secrétaire national à la CFDT. Elle ne fait que mettre en lumière des situations qui existent depuis bien longtemps. »

« L’Etat doit aider les entreprises »

Eric Chevée, vice-président chargé des affaires sociales de l’organisation patronale la CPME redoute, lui, la forte pression que le contexte économique met sur les petites et moyennes entreprises: « On va se prendre la hausse du Smic, la hausse des coûts de l’énergie et des matières premières, en plus d’un ralentissement net de l’activité. » C’est pourquoi il espère intervention de l’Etat dans cette situation compliquée. « L’Etat doit intervenir pour aider les entreprises au niveau de l’énergie et de l’endettements des entreprises, nous demandons que le remboursement des prêts garantis par l’Etat puisse être étalé sur plus de quatre ans. Cela donnera une marge de manœuvre supplémentaire pour les entreprises au niveau des salaires. » Clémence Berson abonde: « Pour les PME, la situation est encore plus compliquée, on peut s’attendre à des ajustements au niveau des marges. » 

Selon Gilles Raveaud, professeur d’économie à l’université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, cette inflation ne crée « quasiment que des parties perdantes. » Il reproche au gouvernement de ne pas être honnête sur la question du partage de la perte engendrée par cette inflation.

Quelles solutions?

Eric Chevée espère apaiser cette perte de pouvoir d’achat avec les primes exceptionnelles de pouvoir d’achat. Une solution « ponctuelle, mais efficace » selon lui. D’après une étude du cabinet Deloitte de février dernier, 60% des entreprises interrogées prévoyaient le versement d’une Pepa (prime exceptionnelle de pouvoir d’achat), dont les montants médians sont de 500 euros, que ce soit pour les ouvriers, employés, techniciens et agents de maîtrise, ou les cadres. Pour autant, il l’assure: « Il y aura des discussions sur les accords de branche, très clairement. »

Mais pour Luc Mathieu, les entreprises « font du replâtrage » avec leurs accords. « Beaucoup de branches ont des salaires minimums équivalent ou très légèrement supérieurs au Smic, c’est pourquoi elles seront sous le Smic dès le 1 mai, alors que certaines ont négocié avec les syndicats il n’y pas si longtemps. » Il redoute que certaines entreprises ayant renégocié leurs accords en début d’année refusent de renégocier. « Il y a urgence à remettre sur la table les systèmes de classifications de ces conventions collectives, ce qui devrait être fait tous les 5 ans… » Bien que les entreprises soient théoriquement obligées de rentrer dans de nouvelles négociations lorsque leurs salaires minimums sont en dessous du Smic, aucune sanction ne les y oblige en pratique. « Il faudrait qu’ils ne bénéficient plus des exonérations de charges tant qu’ils ne se conforment pas à la loi », plaide le secrétaire national de la CFDT. Pour Clémence Berson: « des renégociations sont déjà en cours avec la hausse du Smic prévue, puisqu’il est illégal pour un employeur de payer en dessous du salaire minimum », rappelle-t-elle. 

Pour Gilles Raveaud, une nouvelle prime inflation serait une mauvaise idée, « car les plus bas salaires perdraient encore plus de pouvoir d’achat, car l’inflation subit est supérieure à l’inflation moyenne. » Pour lui, il faudrait aller encore plus loin. « La meilleure solution, et de loin, serait d’indexer directement les salaires sur l’inflation. » Selon lui, ce serait la solution idéale: « Avec ce système, on garantit le pouvoir d’achat, la demande et il n’y a pas de problème de distorsion de concurrence pour les entreprises sur le sol national. »

Une perspective que rejette violemment l’économiste du Liepp, Clémence Berson. « Le Smic est déjà en partie indexé sur l’inflation. Cela créerait un cercle vicieux dans lequel l’augmentation du prix appellerait une revalorisation des salaires, ce qui remonterait davantage les prix, etc. » Mais pour le professeur d’économie de Saint-Denis Gilles Raveaud, le problème vient de plus loin: « Le calcul du niveau de vie est biaisé. Le panier moyen ne prend en compte qu’une petite partie pour le logement (6%), sous-évaluée pour les foyers les plus modestes. De plus, les produits qui perdent de la valeur sont des produits high-techs que les foyers les plus pauvres achètent moins, tandis que ceux qui augmentent le plus sont l’énergie ou le carburant, qui représentent une part importante de leur budget. » Une situation devenue « insupportable », conclut Luc Mathieu. 

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