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Dépenses publiques: L’argent est fait pour être dépensé

L’argent est fait pour être dépensé. C’est vrai de l’argent privé. Savoir le dépenser est une vertu, qu’Aristote appelait la libéralité. Le philosophe y voyait, comme pour toute vertu, « un juste milieu entre deux vices, l’un par excès, l’autre par défaut », comme une ligne de crête entre deux abîmes. La libéralité est le juste milieu en matière de dépenses: elle s’oppose aux deux vices symétriques que sont l’avarice (qui pèche par défaut de dépenses) et la prodigalité (qui pèche par excès). Et l’on sent qu’Aristote, comme la plupart d’entre nous, a plus de mépris pour celle-là que pour celle-ci. C’est vrai aussi de l’argent public. A ceci près, toutefois, que la perspective semble s’inverser: on s’inquiète davantage d’un Etat qui dépense trop que d’un Etat qui ne dépenserait pas assez. Pourquoi cette différence? Peut-être parce que l’Etat dépense un argent qui n’est pas le sien, mais le nôtre. Savoir dépenser, pour un individu, c’est notamment être généreux. Mais nul ne peut être généreux avec l’argent des autres, et c’est pourquoi l’Etat ne saurait l’être. Il n’en reste pas moins qu’il doit lui aussi savoir dépenser, « ni trop ni trop peu », comme dit souvent Aristote.

Les candidats se montrent tous prodigues, car on a fini par croire à l’argent magique.

Mais comment fixer le montant de ce qui serait, pour l’Etat, le juste milieu?

On rêve d’un budget à l’équilibre (ce qui n’est pas arrivé, en France, depuis 1974), mais peut-être à tort. Il n’est pas exclu que savoir emprunter, pour un Etat, fasse partie, surtout quand les taux sont bas, de la libéralité plus que de la prodigalité. Encore faut-il – pour ne pas tomber sous la coupe des créanciers – être en mesure de rembourser un jour, si possible sans compromettre l’avenir de nos enfants.

Sinon ce n’est plus libéralité mais prodigalité, plus vertu mais vice.

« Nous sommes en campagne électorale »

Ce n’est pas seulement une question de coût. C’est aussi et surtout une question d’efficacité. C’est là que le bât blesse, dans notre pays. Que la dépense publique y approche les 60 points de PIB, ce serait acceptable si l’on avait le sentiment que cette dépense, très supérieure à celle de nos voisins, nous permet de vivre mieux qu’eux, spécialement d’être mieux éduqués, mieux soignés, mieux protégés.

Mais tous les sondages, que confirment d’ailleurs plusieurs enquêtes objectives, indiquent le contraire.

Nous sommes en campagne électorale.

Comment se fait-il que presque aucun candidat n’évoque cette question? Que tous multiplient les promesses les plus dispendieuses? Que tous, pour parler comme Aristote, se montrent tellement plus prodigues que… libéraux (eh oui, c’est le même adjectif, qu’on fasse preuve de libéralité ou de libéralisme)? Le « quoi qu’il en coûte », même légitime, est passé par là. Nous nous sommes tellement habitués à ce que l’Etat dépense sans compter qu’on a fini par croire à l’argent magique. C’est bien sûr une illusion. L’Etat doit certes savoir dépenser, voire emprunter quand il le faut, mais à bon escient, donc en se souciant de l’efficacité de la dépense publique. Que ce thème soit si peu présent dans les discours de nos candidats a quelque chose d’inquiétant.

Au bout du compte, ce sont toujours les citoyens qui paient. Nous y sommes disposés, pour des raisons morales autant que politiques. Encore voudrions-nous, collectivement, en avoir pour notre argent.

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