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Malnutrition et pneumonie, une “combinaison mortelle” pour les enfants afghans

Les cas de pneumonie explosent en Afghanistan et causent de nombreux décès parmi les enfants qui n’ont pas accès aux établissements de santé, selon le dernier rapport de l’ONG Save the Children publié fin janvier. Depuis la prise du pouvoir par les Taliban en août dernier, le taux de chômage a explosé dans tout le pays, provoquant une hausse de la malnutrition et une vague meurtrière de pneumonie infantile.  

Wazhma*, 9 ans, vit avec sa famille dans un village de la banlieue de Kaboul. Lorsqu’elle est tombée malade, atteinte d’une forte fièvre et d’une toux continue qui l’empêchait de respirer, ses parents ont d’abord essayé des remèdes maison, sans succès. Ils savaient qu’elle devait aller à l’hôpital, mais ils n’avaient pas assez d’argent. Samir*, son père, a dû demander un prêt à un ami.   

Depuis la prise du pouvoir par les Taliban, en août dernier, de nombreux habitants ont perdu leur emploi. Les parents sont même contraints de se passer de repas pour nourrir leurs enfants. Mais les hôpitaux ne sont guère mieux lotis. Lorsque les parents de Wazhma sont arrivés à l’hôpital, les médecins, qui ont diagnostiqué qu’elle avait besoin d’oxygène pour l’aider à respirer, n’ont pu lui en fournir que durant 30 minutes, car ils n’avaient pas assez de bouteilles.   

« Je me sentais très malade, je dormais beaucoup et bouger me faisait mal au corps », explique Wazhma, citée dans le dernier rapport de Save the Children, rendu public lundi 31 janvier.  

Wazhma a eu de la chance : l‘accès, bien que limité, à la machine à oxygène lui a permis de se rétablir. Mais de nombreux autres enfants afghans, dans le même cas, connaissent une fin tragique.    

« Si mon ami ne nous avait pas donné l’argent, je ne suis pas sûr que Wazhma aurait survécu. Elle luttait pour respirer, c’était effrayant », déclare son père.      

À l’hôpital, des enfants couchés “à trois ou même quatre dans un lit”   

Dans le rapport de Save the Children, publié cette semaine, la moitié des parents afghans sondés affirment que leurs enfants ont eu une pneumonie au cours des deux dernières semaines.   

Les données montrent que près de 60 % des personnes qui ne pouvaient pas obtenir de soins de santé ont déclaré qu’elles n’avaient pas d’argent pour les payer, tandis que 31 % ont reconnu qu’elles ne se rendraient dans une clinique que s’il s’agissait d’une maladie mortelle.   

Un médecin d’un hôpital du nord du pays déclare qu’il n’a jamais vu autant de cas de pneumonie infantile et de malnutrition sévère.

« Les enfants doivent être couchés à trois ou même quatre par lit », explique-t-il à l’ONG. Plus de 130 enfants sont morts à l’hôpital ou sur le chemin de l’hôpital en décembre. La majorité d’entre eux luttaient pour respirer à cause d’une pneumonie, et 40 souffraient de malnutrition sévère.   

« La situation est absolument désespérée pour toute la population, mais surtout pour les jeunes enfants », explique Fiona McSheehy, directrice nationale par intérim de Save the Children, interviewée sur France 24 depuis Kaboul. « Le nombre croissant de cas de pneumonie est effrayant, d’autant plus qu’il est directement lié à des niveaux élevés de malnutrition. »   

Il y a aussi un élément économique évident : les parents n’ont pas assez d’argent et les enfants ne mangent pas à leur faim. « Avec les niveaux de chômage très élevés depuis le changement de régime en août dernier et le manque d’argent, le prix des denrées alimentaires de base est devenu hors de portée pour beaucoup », souligne-t-elle. 

Des cas de pneumonie qui “augmentent chaque jour”   

Des ONG telles que Save the Children envoient leurs cliniques mobiles dans tout le pays, atteignant des zones extrêmement éloignées pour fournir des soins de santé vitaux. « Les cas de pneumonie augmentent chaque jour, le nombre de patients se présentant dans nos cliniques a été multiplié par deux ou trois ces derniers mois », alerte le Dr Sadat*, chef d’équipe de l’une des cliniques de santé mobiles. « Ils n’ont nulle part où aller. C’est bien pire que l’année dernière. »  

« Il y a parfois des centaines de mères et d’enfants qui attendent notre arrivée. Ils n’ont tout simplement pas les moyens de se procurer la nourriture et le chauffage dont ils ont besoin pour rester en bonne santé. La malnutrition et la pneumonie sont une combinaison mortelle », ajoute le docteur.   

« Chaque jour, nous envoyons plusieurs enfants directement à l’hôpital pour qu’ils reçoivent de l’oxygène et un traitement d’urgence. Récemment, un bébé n’a pas survécu. J’ai appelé sa mère pour prendre de ses nouvelles et elle m’a dit qu’il était décédé. C’est le pire sentiment que l’on puisse imaginer », se désole-t-il. « Souvent, nous ne pouvons pas traiter tout le monde, nous sommes débordés. Je reste éveillée la nuit en pensant aux enfants que nous ne pouvons pas atteindre. »   

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Un jeune enfant sur deux souffre de malnutrition aiguë  

Avant cette dernière poussée de cas, la pneumonie était déjà responsable de plus d’un décès sur cinq enfants de moins de 5 ans en Afghanistan. La pneumonie est la principale cause infectieuse de décès chez les enfants dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dont les derniers chiffres montrent que la pneumonie a tué 740 180 enfants de moins de 5 ans en 2019 et représentait 22 % de tous les décès d’enfants âgés de 1 à 5 ans.  

L’Unicef estime que la moitié des enfants de moins de 5 ans souffriront de malnutrition aiguë en Afghanistan en 2022, en raison de la crise alimentaire associée à un accès insuffisant à l’eau, à l’assainissement et aux services d’hygiène.   

« Ces mois d’hiver sont vraiment décisifs pour des millions d’enfants en Afghanistan”, explique Salam al-Janabi, spécialiste de la communication de l’Unicef en Afghanistan, sur France 24. « La malnutrition aiguë sévère peut être traitée mais elle rend les enfants plus vulnérables. Lorsqu’ils sont atteints d’autres pathologies, cela peut être fatal. »   

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En novembre 2021, l’Unicef a versé des salaires à plus de 10 000 agents de santé de première ligne et a soutenu plus de 1 000 établissements de santé en leur fournissant des fournitures médicales et du matériel de chauffage pour l’hiver. « Mais les besoins sont immenses : 97 % de la population afghane devrait se retrouver sous le seuil de pauvreté cette année. Et des dizaines de millions d’enfants ont besoin de nourriture et de produits de base », alerte Salam al-Janabi.   

Les conditions climatiques hivernales sévères rendent l’accès aux soins de santé d’autant plus difficile. « Vous ne pouvez pas imaginer à quel point il fait un froid glacial ici en ce moment. La semaine dernière, j’étais à Paktia, à 150 km au sud de Kaboul, et il faisait -15 °C la nuit. Dans une autre zone, la neige nous arrivait aux genoux », décrit le représentant de l’Unicef. « Lorsque nous sommes entrés dans l’hôpital, il faisait froid. Les hôpitaux n’ont même pas assez d’argent pour mettre le chauffage partout. »  

« Pour beaucoup de gens, le carburant est trop cher et la seule chose qu’ils peuvent se permettre pour se chauffer, ce sont les déjections animales. Nous sommes au cœur d’un hiver glacial et les enfants n’ont même pas de chaussures qui couvrent leurs pieds. La situation actuelle est dramatique, nous sommes au point de rupture ».   

Accès humanitaire mais manque de fonds  

La prise de contrôle par les Taliban a eu un effet positif inattendu : les organisations humanitaires ont pu accéder à l’ensemble du pays pour la première fois depuis des années. « L’une des choses dont les équipes sont très heureuses, c’est qu’elles peuvent enfin se rendre dans des districts auxquels elles n’ont pas pu accéder pendant 20 ans parce qu’ils se trouvaient dans la zone rouge », confirme Fiona McSheehy de Save the Children. « Nous pouvons maintenant nous rendre dans des endroits où il n’y a pas d’accès à l’eau potable dans les zones de sécheresse ».  

« La situation ici est critique, mais elle pourrait être résolue si les institutions financières internationales et la Banque mondiale débloquent des fonds en Afghanistan pour permettre à l’économie de fonctionner à nouveau », poursuit-elle. « Pour l’instant, il n’y a vraiment pas de lumière au bout du tunnel pour la population afghane. Si la situation financière ne change pas rapidement, des centaines de milliers de personnes vont mourir », déplore-t-elle.     

* Les noms ont été modifiés pour protéger les identités.  

Article traduit par David Rich – Pour lire l’article dans sa version originale (en anglais), cliquez ici.

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