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L’Ukraine, hantise du règne de Vladimir Poutine

Le président russe, Vladimir Poutine, lors d’un entretien sur la défense américaine en Ukraine, à Moscou, le 21 décembre 2021. MIKHAIL TERESHCHENKO / AP

Des deux côtés, les « lignes rouges » ont été tracées, les exigences ont été posées et, malgré le bruit de bottes persistant, une séquence diplomatique doit s’ouvrir entre Moscou et l’Occident après les fêtes de fin d’année. Pour la partie russe, le programme est ambitieux : il ne s’agit rien de moins que de remettre à plat l’ordre européen bâti au cours des années 1980 et 1990 et d’écarter l’OTAN d’une sphère d’influence russe dont les contours seraient désormais gravés dans le marbre.

Au cœur de ce plan, présenté avec fracas le 17 décembre, un pays concentre toutes les attentions. L’Ukraine est le seul Etat dont le nom est explicitement cité dans les projets d’accords préparés par Moscou. Son destin est présenté comme central pour la sécurité de la Russie ; il l’est aussi sur un plan symbolique. Avec le dossier ukrainien, il est question d’une obsession russe, et en particulier de l’obsession d’un homme, Vladimir Poutine, qui a lié son long règne à ce pays et, à l’heure des comptes, semble comprendre que le bilan n’est pas bon.

Dans l’étude de la politique russe, la surpersonnalisation, l’importance extrême accordée aux souhaits, réels ou supposés, de Vladimir Poutine, est souvent un biais. Dans ce cas précis, non. Aucun dossier n’aura tourmenté à ce point le président russe. Même la Géorgie, contre laquelle Moscou a mené une guerre en 2008, n’a pas atteint cette importance stratégique et intime, malgré la haine personnelle portée par M. Poutine à l’ancien président géorgien Mikheïl Saakachvili.

Pour le politiste Alexander Baunov, c’est même ce facteur personnel qui explique la récente montée des tensions : « Vladimir Poutine n’a pas décidé s’il partirait en 2024, mais il a conscience qu’il est mortel et veut laisser un héritage propre, conforme à ce qu’il considère être sa mission historique. Or, le dossier ukrainien est celui qui lui laisse la frustration la plus importante. Et ce dossier est à la croisée des questions sécuritaires et des questions plus émotionnelles ayant trait à l’identité. C’est pour cela que, même s’il est en général très prudent, Poutine est aujourd’hui prêt à s’en remettre à nouveau à la guerre, une solution par défaut. »

Regard très russe sur l’Ukraine

Jeudi 23 décembre, lorsqu’il a été interrogé à l’occasion de sa conférence de presse annuelle sur les perspectives d’une guerre, le président russe a immédiatement embrayé sur le sujet ukrainien, remontant le temps jusqu’à la « création » de ce pays par Lénine sur les « terres historiques » des Russes. Il a fait remonter la crise actuelle au « coup d’Etat » de Maïdan, en 2014, avant d’évoquer, plus tard seulement, les « promesses non tenues » des années 1990, dont celle de ne pas élargir l’OTAN à l’Est.

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