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La ligne de bus Amman-Damas et les chimères de la normalisation syrienne

LETTRE D’AMMAN

Un homme monte dans un bus dans le quartier de la vieille ville de Damas, le 1er février 2022. LOUAI BESHARA / AFP

Face à l’un des bus stationnés place Abdali, dans le centre d’Amman, peu avant huit heures du matin, plusieurs dizaines de personnes échangent des au revoir. Les familles sont parfois venues au complet pour accompagner l’un des passagers, une trentaine seulement, qui s’apprêtent à quitter la capitale jordanienne pour Damas.

Un commerçant jordanien part acheter 40 kg de vêtements à bas prix made in Syria. Une Syro-Jordanienne installée depuis trente ans à Amman va rendre visite à sa famille. Deux Syriens diplômés de la faculté de médecine de Damas rentrent après être venus passer des tests à l’Institut Goethe pour décrocher une bourse d’internat en Allemagne.

Le dernier à monter est un Syrien, réfugié en Jordanie depuis dix ans, qui part retrouver brièvement une seconde épouse, restée au pays. Jamal (tous les prénoms ont été modifiés), son fils aîné de 27 ans, le regarde partir seul, à regret. Il n’avait pas pu l’accompagner lors d’un premier voyage en 2019, un an après la réouverture de la frontière à la suite de la reconquête de la province de Deraa (sud), aux mains des rebelles, par les forces du régime de Bachar Al-Assad et au réchauffement des relations avec le royaume hachémite.

Il ne l’accompagne pas pour ce second voyage, après un hiatus de deux ans imposé par une nouvelle fermeture de la frontière du fait de la pandémie de Covid-19. « Mon père n’a pas peur d’y aller, ses papiers sont en règle. Pour moi, c’est dangereux : je n’ai pas fait mon service militaire », explique-t-il.

« Si le régime ne change pas, les gens ne rentreront pas »

Les Syriens qui ont échappé à la conscription obligatoire du fait d’un exil forcé ou volontaire risquent d’être enrôlés dès qu’ils posent le pied en Syrie. Parmi ceux qui ont fui la guerre à partir de 2011, rares sont ceux à pouvoir rentrer. Il leur faut obtenir au préalable une permission du ministère de l’intérieur syrien pour entrer, et une autorisation des autorités jordaniennes s’ils veulent revenir à Amman. L’autorisation accordée par Damas ne les prémunit pas d’être arrêtés à leur retour sur le simple soupçon d’avoir soutenu la rébellion anti-Assad. Le fait de s’être exilé suffit souvent à les rendre coupables aux yeux du régime.

« Même si vous pavez la route d’or, je n’y retournerai pas. C’est la guerre là-bas, pourquoi nous exposer au danger ? Peut-être suis-je sur la liste des personnes recherchées, peut-être pas : personne ne vous en informe », tempête Mohamed. Ce médecin syrien, installé en Jordanie depuis vingt-sept ans, a amené sa fille, Rana, qui rentre dix jours à Damas passer ses examens de pédiatrie. En 2011, alors en troisième année de médecine, elle y est restée seule pour terminer son cursus. Sa mère et ses cinq frères et sœurs ont fui Qoussair, à la frontière avec le Liban, pour rejoindre leur père à Amman.

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