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Venezuela : une crise sans fin

Publié le : 18/02/2022 – 16:12

Pays producteur durement frappé par la chute des prix du pétrole, le Venezuela a vu son économie se dégrader progressivement au cours des dix dernières années, les sanctions économiques internationales aggravant la crise. Et alors que le projet de « socialisme du XXIe siècle » du défunt président Hugo Chavez, au pouvoir de 1999 à 2013, promettait de supprimer les inégalités, les plus vulnérables semblent plus précaires que jamais. Certains indicateurs économiques s’améliorent cependant depuis peu. Pour faire un état des lieux, nos reporters se sont rendus à Caracas, une capitale peu ouverte aux caméras.

Rompant avec 40 ans de bipartisme, Hugo Chavez a profondément changé à partir de 1999 l’histoire de son pays, l’un des principaux producteurs de pétrole, pourtant marqué par de profondes inégalités lorsqu’il accède à la tête de l’État. Le lieutenant-colonel Chavez, qui avait tenté quelques années auparavant, en 1992, de prendre le pouvoir par les armes, est élu président en 1998 avec 56 % des voix, sur la promesse de changer la Constitution et de construire une nouvelle démocratie incluant les classes populaires. Il instaure alors la « révolution bolivarienne », du nom de Simon Bolivar, le Libertador qui chassa la couronne espagnole au XIXe siècle.

Au fil des années, le projet d’instaurer au Venezuela un système socialiste se précise et se concrétise. Porté par un baril de pétrole au prix fort, Hugo Chavez finance programmes sociaux et écoles, et construit des logements gratuits pour des milliers de Vénézuéliens. Au niveau continental et mondial, le charismatique chef d’État, chantre de l’anti-impérialisme américain, devient le porte-parole d’une nouvelle gauche.

Billet retour © France 24

L’économie néolibérale imposée à l’Amérique latine a non seulement creusé les inégalités mais fait naître également un revanchisme incarné par la figure du « Comandante ». Admirateur et disciple de Fidel Castro, dont il devient proche, Hugo Chavez donne aussi un nouveau souffle à Cuba grâce à des projets de coopération pour rompre le blocus, comme celui d’un échange de pétrole vénézuélien contre des médecins cubains.

Durant près de quinze ans, Hugo Chavez remporte pratiquement toutes les élections. Il se perpétue ainsi au pouvoir par la voie démocratique. Jouissant d’une grande popularité dans les milieux les plus modestes, il met progressivement en place ce qu’il nomme le « socialisme du XXIe siècle ». Le rouge devient couleur nationale et, progressivement, le pouvoir se durcit. Son adage : « Patrie, socialisme ou mort ». Sa vision politique se révèle hégémonique, remplissant toutes les sphères de la société et s’inspirant de la mystique militaire. Face à lui, l’opposition éternellement divisée est incapable de remporter les suffrages de la majorité de la population. Mais en 2013, alors qu’il entame son troisième mandat présidentiel, Hugo Chavez succombe à un cancer foudroyant.

Plus de 5 millions de Vénézuéliens en exil

Le successeur qu’il a nommé avant de mourir, son vice-président Nicolas Maduro, remporte de justesse la présidentielle de 2014. L’héritier s’engage à poursuivre coûte que coûte la construction du régime socialiste initiée par son mentor. Des opposants sont emprisonnés. Dans le même temps, l’économie du pays commence à sombrer avec la chute des prix du pétrole, emportée par une gestion aggravée par la corruption de certains cercles du pouvoir. L’hyperinflation atteint des chiffres record, tandis que les pénuries de denrées de base et une grave insécurité sévissent. À partir de 2017, les États-Unis décrètent des sanctions économiques qui finissent de mettre à genoux le pays. Les Vénézuéliens commencent alors à le quitter en masse, vers tout le continent, et surtout vers la Colombie voisine. Ces dernières années, plus de 5 millions de Vénézuéliens se sont exilés, fuyant la crise et la misère.

Aujourd’hui, alors que la situation économique commence sensiblement à s’améliorer, comment vit-on dans un Venezuela qui semble à la dérive et en même temps dirigé d’une main de fer par le pouvoir chaviste ? Alors que le projet d’Hugo Chavez promettait de supprimer les inégalités, vingt-deux ans après son arrivée au pouvoir, le contraire semble s’être produit. Frappés de plein fouet par la crise, les plus vulnérables sont plus précaires que jamais.

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