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Sur fond de crise, Londres revient dans le jeu diplomatique européen

La ministre britannique des affaires étrangères, Liz Truss, et son homologue ukrainien, Dmytro Kuleba, à Kiev, le 17 février 2022. EFREM LUKATSKY / AP

Rien de tel que les menaces de guerre pour gagner en perspective : il n’y a pas si longtemps, Londres ne ratait pas une occasion de dénigrer l’Union européenne (UE) et Downing Street et l’Elysée se critiquaient ouvertement par communiqués interposés. La menace d’un conflit majeur provoqué par la Russie sur le sol européen a relégué cette grosse brouille – surtout provoquée par le Brexit – au second plan. Désormais, à Londres, on préfère insister sur l’unité des Européens : « On est toujours en Europe, on fait partie de la même équipe [occidentale] » face à Vladimir Poutine, glisse une source diplomatique.

Certes, la ministre des affaires étrangères, Liz Truss, préfère multiplier les références à l’OTAN et se féliciter que le Royaume-Uni soit le « premier contributeur financier européen » de l’Alliance atlantique. Mais mentionner l’Union européenne (UE) n’est plus tabou : dans un discours prononcé jeudi 17 février à Kiev, où elle rencontrait son homologue ukrainien, Dmytro Kuleba, elle a déclaré : « Nous allons travailler de manière plus rapprochée avec nos amis, nos alliés et partenaires, y compris l’Union européenne. »

A sa prise de poste, en septembre 2021, Mme Truss a d’abord ignoré les partenaires continentaux. Priorité était donnée à la réorientation de la politique étrangère britannique vers la zone indo-pacifique. Ex-ministre du commerce ayant tout juste décroché un accord commercial avec Canberra, elle se félicitait de l’accord de défense Aukus, signé entre Londres, l’Australie et les Etats-Unis. Début décembre 2021, lors d’un discours à l’institut de réflexion Chatham House, elle mentionnait encore deux fois plus l’Australie que l’Europe.

Une position plus dure que Paris vis-à-vis de Moscou

Mais ces dernières semaines, la nouvelle chef de la diplomatie britannique a échangé deux fois avec Josep Borrell, le Haut Représentant de l’UE pour les affaires étrangères, afin de discuter de la situation ukrainienne. Le premier ministre, Boris Johnson, a également parlé au téléphone à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, le 15 février, et l’a « remerciée pour leur coopération rapprochée concernant le [futur paquet] de sanctions [contre la Russie] ». Samedi 18 février, il devait se rendre à la conférence sur la sécurité organisée à Munich et insister, une fois de plus, sur la nécessaire unité et fermeté des Européens face à Poutine.

De son côté, Liz Truss veut surmonter la période post-Brexit, durant laquelle Londres a semblé considérer l’UE comme une structure hostile. La différence de style avec ses prédécesseurs joue aussi un rôle : elle a voté contre le Brexit en 2016 et même si, depuis, elle en est devenue une fervente avocate, elle s’est montrée bien plus amicale avec Maros Sefcovic, le vice-président de la Commission européenne chargé des relations post-Brexit, que David Frost, l’ex-ministre de l’Europe, dont elle a repris les attributions. L’approche idéologique de ce dernier était peu appréciée à Bruxelles.

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