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Au sud d’Atlanta, des Afro-Américains rêvent d’un refuge sûr

Par Piotr Smolar

Publié aujourd’hui à 15h00

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ReportageSur un terrain de près de 200 hectares dans la municipalité de Toomsboro, Freedom, une communauté autofinancée, devrait voir le jour dans dix-huit mois.

Il faut de l’imagination. Pour l’instant, on s’en remet seulement aux sens pour embrasser les environs. Il y a le parfum résineux des pins. Le vent glacial qui parcourt les buissons et cingle le sol sablonneux. Au loin, une détonation étouffée. De rares voitures passent à proximité. Des empreintes de sangliers. Le calme, le vide. Pourtant, c’est bien ici que doit naître Freedom. C’est bien ici que doit s’élever un projet fou, encore confiné aux dessins virtuels, celui d’une nouvelle communauté dans la municipalité de Toomsboro, à deux heures et demie de route au sud d’Atlanta (Géorgie). Un rêve conçu et financé par des familles noires à la recherche d’un havre de paix, loin des violences urbaines et des tensions raciales.

Cette communauté est prévue comme un modèle écologique, un lieu d’activités économiques et agricoles, un centre de loisirs et d’art. Pour l’heure, ce sont des terrains vides : près de 39 hectares achetés pour 110 000 euros il y a deux ans par dix-neuf familles, réunies par l’amitié, la fréquentation d’un lieu de culte ou bien une motivation en partage. Par la suite, 160 hectares supplémentaires ont été acquis. Les participants se retrouvent régulièrement, le week-end, autour de deux caravanes. On mange, on chante, on boit, on fait un point sur l’état du projet. Les premières maisons devraient pointer leur nez dans dix-huit mois. L’ambition est de générer des revenus permettant d’avancer, ensemble. Théoriquement, des Blancs pourraient les rejoindre, à condition d’être des « alliés ». Drôle de mot.

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A l’origine du projet se trouvent trois femmes énergiques, grandes amies et mères de famille. C’est Ashley Scott, 35 ans, qui nous accueille chez elle, avec Renee Walters, 37 ans, et Laura Reilly, 48 ans. Ashley Scott a commencé dans le marketing.

Ashley Scott, la vice-présidente de la Freedom Georgia Initiative (à gauche), Laura Riley-Cooper, PDG (au centre), et Renee Walters, la présidente (à droite), se tiennent devant une réplique du « drapeau afro-américain » de l’artiste David Hammons à la résidence de Scott à Stonecrest, en Géorgie, aux États-Unis, le 28 janvier 2022. ALYSSA POINTER POUR « LE MONDE » Deux caravanes sont garées sur le terrain de la Freedom Georgia Initiative à Toombsboro, en Géorgie, aux États-Unis, le 28 janvier 2022. ALYSSA POINTER POUR « LE MONDE »

Elle a basculé dans l’immobilier après la naissance de son premier enfant. Elle a connu Renee à l’église. Celle-ci, originaire de Chicago, s’est reconvertie dans la pâtisserie après un grave accident de travail. Enfin, il y a Laura, qui se décrit comme une « entrepreneuse en série depuis l’âge de 17 ans », du salon de soins aux assurances, en passant par la production télé.

« Notre ADN est traumatisé »

C’est Ashley qui a lancé l’idée en 2015 d’une résidence secondaire pour leurs familles. Puis la pandémie est venue, sapant le moral de tous. « On a eu l’occasion de réfléchir à ce que ça voulait dire d’être noir dans ce pays, dit Laura Reilly. Il y a eu le meurtre de George Floyd [par un policier à Minneapolis]. Je ne veux pas que mon mari devienne un hashtag sur Twitter. » Mais la réalité était-elle différente il y a dix ou quinze ans ? « Non… mais il n’y avait pas toutes ces caméras, ces réseaux sociaux. On ne peut plus y échapper », note Renee Walters. « Ok, on pouvait à l’époque mettre la tête dans le sable, objecte Ashley Scott. Mais, maintenant, on peut enfin avoir LA conversation sur la question raciale. Vous ne pouvez plus me dire que je suis folle. »

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