France World

Au Royaume-Uni, des plages souillées par les eaux usées

Par Cécile Ducourtieux

Publié aujourd’hui à 04h12

Réservé à nos abonnés

ReportageA Whitstable, dans le Kent, capitale britannique des huîtres, la société privée censée traiter les eaux usées les déverse régulièrement dans la mer sans l’avoir fait. Baigneurs et ostréiculteurs se mobilisent.

Sally Burtt-Jones a préparé du café, ouvert sa jolie cabane de plage rose et vert en surplomb de la plage de Tankerton, à Whitstable, capitale britannique des huîtres, dans le nord le Kent. Elle a aussi enfilé un sweat-shirt de circonstance qu’elle dévoile sous sa doudoune – il fait glacial, ce mercredi 12 janvier. Il est barré d’un message de circonstance : « merde » (en français). Sally a co-fondé l’association SOS Whitstable durant l’été 2021 pour lutter contre les pratiques de Southern Water, la société privée de traitement des eaux du sud-est de l’Angleterre.

Sally Burtt-Jones, fondatrice de SOS Whitstable, entourée d’Ed Acteson et Rebecca Martin, dans le Kent (Royaume-Uni), le 12 janvier 2022.. Ils se mobilisent pour protéger la plage de Whitstable des rejets d’eaux usées. IMMO KLINK POUR « LE MONDE »

Cette dernière venait juste d’être condamnée à une amende historique de 90 millions de livres sterling (108 millions d’euros), par l’Agence nationale britannique de l’environnement, pour avoir déversé illégalement des milliards de litres d’eaux sales dans les rivières et dans la mer au large du Kent, du Hampshire et du Sussex. Mais elle continuait à envoyer jusqu’à plusieurs fois par semaine les eaux des égouts directement dans la mer, à un mile nautique à l’est de Tankerton, où se trouve une de ses stations d’épuration, Swalecliffe.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés La pollution de l’océan fait proliférer virus et algues toxiques

« Ces rejets ne sont autorisés qu’en cas d’épisodes météorologiques exceptionnels, mais Southern Water n’a pas investi dans ses infrastructures depuis trente ans : dès qu’il pleut, celles-ci saturent [elles recueillent les eaux sales grossies par les intempéries] », déplore Sally, une consultante en développement durable ayant quitté Londres pour le bord de mer il y a quelques années. « S’il a plu la veille, on sait qu’on ne peut pas se baigner le lendemain », ajoute Rebecca Martin.

Comme Sally et la dizaine d’autres membres de SOS Whitstable, cette consultante en marketing fait partie d’un club local de nageurs en mer, Bubbletit Bluetits, dégoûtés par la pollution presque quotidienne de leurs plages. La pratique de la nage par tous les temps s’est beaucoup développée au Royaume-Uni avec la pandémie. Ce mercredi, il n’a pas plu depuis plusieurs jours et quelques baigneurs testent l’eau glacée à Tankerton. « L’été dernier, la plage a dû fermer dix-huit jours sur trente et un alors que plein de gens n’étaient pas partis en vacances à cause de la pandémie et avaient besoin d’en profiter. Pas mal de voisins nous ont dit avoir été malades après s’être baignés. »

Les rivières anglaises parmi les plus polluées d’Europe

SOS Whitstable décide alors d’agir. A l’automne 2021, l’association lance une pétition sur Change.org, réclamant d’amender la loi environnement alors en discussion au Parlement britannique, afin que les compagnies de traitement des eaux soient légalement contraintes de limiter les rejets. La pétition passe la barre des 100 000 signatures, la Chambre des lords soutient l’amendement et vote en sa faveur. Downing Street bloque ces modifications mais à quelques jours de l’ouverture de la COP 26 à Glasgow (Ecosse), les médias s’en mêlent et le gouvernement Johnson fait volte-face. Désormais adoptée, la législation impose aux compagnies d’« assurer une réduction progressive des dommages » causés par les eaux sales.

Il vous reste 69.46% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Source

L’article Au Royaume-Uni, des plages souillées par les eaux usées est apparu en premier sur zimo news.