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Avec les nouvelles routes de la soie, Pékin tente d’exporter son modèle de développement

Le Laos inaugure une ligne à grande vitesse avec un investissement de 6 milliards de dollars par Pékin, à Yuxi Railway Station (Chine), le 3 décembre 2021. AP

Huit ans après leur lancement, en 2013, les nouvelles routes de la soie chinoises ne font pas que des heureux. Pendant que le Laos inaugurait en grande pompe, vendredi 3 décembre, une ligne à grande vitesse moyennant un investissement de 6 milliards de dollars (5,3 milliards d’euros) financé en grande partie par Pékin, des habitants de Gwadar, au sud du Pakistan, manifestaient contre la construction d’un port en eau profonde par la Chine. Les nouvelles routes de la soie, ou Belt and Road Initiative, ont essaimé près de 3 100 projets d’infrastructures dans au moins 70 pays.

Destiné à développer les échanges de la Chine avec le reste de monde, quelques années seulement après son adhésion à l’OMC (en 2001) qui ont fait d’elle une puissance commerciale, le programme a rencontré plus ou mois de succès. S’il devrait permettre à près de 40 millions de personnes de sortir de la pauvreté d’ici à 2030 selon les prévisions de la Banque mondiale, il est critiqué pour ses montages financiers opaques, la hausse spectaculaire de l’endettement des pays bénéficiaires et ses conséquences environnementales et sociales parfois désastreuses. Le modèle de développement qui a propulsé la Chine au rang de deuxième puissance économique mondiale en à peine 20 ans, est difficile à exporter.

La crise de Covid-19 n’a rien arrangé. Elle a aggravé la situation financière des pays ayant bénéficié des prêts chinois, estimés entre 1 000 et 1 300 milliards de dollars, un chiffre toutefois difficile à vérifier puisque aucun budget n’a jamais été publié pour l’ensemble des projets. Des ressources accumulées par Pékin grâce aux excédents commerciaux enregistrés après l’adhésion à l’OMC. Parmi les trois pays ayant demandé récemment à bénéficier du cadre commun de restructuration de la dette mis en place par le G20 en novembre 2020, deux d’entre eux, l’Ethiopie et la Zambie, ont des emprunts extérieurs détenus à plus de 30 % par Pékin. D’autres risquent le défaut de paiement. Soixante pour cent des économies à faible revenu courent un risque élevé de surendettement, s’est récemment inquiété le Fonds monétaire international (FMI), alors qu’elles n’étaient que 30 % dans cette situation en 2015.

Un risque financier pour Pékin

La Chine tire-t-elle un avantage de la fragilité de ses pays débiteurs ? Les avis divergent. Les Etats-Unis accusent Pékin de se servir de la dette pour les maintenir dans une relation de dépendance et en tirer des gains géopolitiques. Dès 2017, le secrétaire d’Etat américain Tex Tillerson avait comparé le programme des nouvelles routes de la soie à une « économie de la prédation » conduisant à des « défauts de paiement » et à des « conversions de dette en actif ». Mais comme l’a montré une étude du cabinet Rhodium Group datant d’avril 2019, le non-remboursement a conduit à des rééchelonnements plutôt qu’à des cessions d’actifs. A une exception près : le port d’Hambantota que le Sri Lanka a cédé à une entreprise d’Etat chinoise, en 2017, en échange de l’effacement d’un peu plus de 1 milliard de dollars d’emprunts.

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