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La Nouvelle-Zélande part en guerre contre la cigarette

Un fumeur à Auckland, le 9 décembre 2021. L’objectif fixé par la ministre de la santé néo-zélandaise est que d’ici 2025 moins de 5 % des Néo-Zélandais fument. DAVID ROWLAND / AP

Cela pourrait s’appeler une mise en bouche. Le site du ministère de la santé néo-zélandais a publié le 29 novembre sur sa page consacrée aux effets du tabac sur la santé un texte rappelant qu’« environ 5 000 personnes [sur une population d’environ 4,8 millions d’habitants] meurent chaque année en Nouvelle-Zélande à cause du tabagisme ou du tabagisme passif. Cela représente 13 personnes par jour. Il n’est pas trop tard pour arrêter de fumer ». Le tabagisme, à l’origine d’un cancer sur quatre, reste la principale cause de décès évitable en Nouvelle-Zélande.

Jeudi 9 décembre, Ayesha Verrall, la ministre de la santé néo-zélandaise a dévoilé « Smokefree 2025 », un plan visant à élever progressivement l’âge légal pour acheter du tabac, une « première mondiale ». La réglementation en vigueur interdit la vente de cigarettes aux Néo-Zélandais de moins de 18 ans. Mais, à partir de 2027, cet âge limite augmentera d’un an tous les ans, le taux de nicotine des cigarettes sera progressivement réduit ainsi que le nombre de débits de tabac. Le but est que d’ici 2025 moins de 5 % des Néo-Zélandais fument. Cet objectif a été établi en mars 2011 en réponse aux recommandations d’un rapport parlementaire mené par le comité des affaires maories, qui prévoyait de « faire de la Nouvelle-Zélande un pays sans tabac d’ici 2025 ».

Selon le gouvernement néo-zélandais, les mesures qui existaient jusque-là, telles que l’emballage neutre et les taxes sur les ventes de cigarettes, ont ralenti la consommation de tabac, mais restent insuffisantes pour que le pays atteigne l’objectif fixé il y a dix ans. Dans un communiqué publié jeudi, Mme Verrall résume :

« Nous voulons nous assurer que les jeunes ne commencent jamais à fumer, nous allons donc criminaliser la vente ou la fourniture de produits du tabac (…). Nous réduisons également l’attrait, la dépendance et la disponibilité (…) du tabac. »

New Zealand is taking a historic step towards our smokefree future.

We will implement bold measures, including ba… https://t.co/GebLuGaLhe

— drayeshaverrall (@Ayesha Verrall)

Ce plan qui a été annoncé en avril 2021 devra être adopté par le Parlement, où le Parti travailliste est majoritaire. Au cours des prochains mois, le gouvernement consultera un groupe de travail sur la santé des Maoris avant de présenter un projet de loi au Parlement en juin prochain, dans le but de voir le texte adopté d’ici la fin de l’année 2022.

Convaincre une partie de la population

Car les autorités doivent encore convaincre une partie de la population. Le taux de tabagisme a diminué au fil du temps, passant entre 2006-2007 et 2019-2020 de 17 % à 10,1 % pour les populations d’origine européenne, de 39,2 % à 28,7 % chez les populations maories, et de 24,8 % à 18,3 % chez les Pasifika (Polynésiens). « Si rien ne change, il faudra des décennies pour que le taux de tabagisme des Maoris passe sous la barre des 5 % », explique la ministre de la santé dans son communiqué.

Le groupe de pression Action on Smoking and Health (ASH) a salué ces annonces et rappelé qu’« actuellement 387 000 Néo-Zélandais fument quotidiennement. La majorité d’entre eux sont âgés de 25 à 54 ans. Pour atteindre l’objectif de “Smokefree 2025”, au moins 40 000 personnes doivent arrêter de fumer chaque année. Deux tiers de tous les fumeurs qui arrêtent sont parmi les populations maories ou des Polynésiens ».

Lutter contre les trafics

Avec ces mesures, l’industrie néo-zélandaise du tabac deviendrait ainsi l’une des plus réglementées au monde, juste derrière le Bhoutan, où la vente de cigarettes est totalement interdite. L’Australie, voisine de la Nouvelle-Zélande, a été le premier pays au monde à imposer l’emballage neutre des paquets de cigarettes en 2012.

De son côté, le fabricant de tabac British American Tobacco New Zealand estime que ces mesures sont « non testées, infondées et sans aucune preuve scientifique de leur efficacité ». « Les conséquences sont en fait une interdiction progressive, qui ne fait que pousser à la vente [de tabac] au marché noir », déclare l’entreprise. Un problème dont les autorités néo-zélandaises sont conscientes. Elles écrivaient, en avril 2021 : « La quantité de produits du tabac introduits en contrebande en Nouvelle-Zélande a considérablement augmenté ces dernières années et (…) des groupes criminels organisés sont impliqués (…) à grande échelle. »

Le Monde avec AFP et Reuters

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