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Réussites chinoises en Europe: Athènes, tête du pont du made in China

Avec une touche de soft power et des investissements massifs, la Chine parvient à avancer ses pions un peu partout en Europe. Dans un contexte compliqué, où gouvernements et opinion publique leur sont de plus en plus défavorables, ses entreprises et ses diplomates alignent quelques succès dans les infrastructures, l’industrie automobile, les télécoms, et des ambitions dans l’éducation. A Athènes, le port du Pirée fait office de tête de pont du made in China sur le Vieux continent.

En pleine torpeur estivale, l’Agence grecque des privatisations a finalement approuvé la vente de 16% supplémentaires de l’Autorité portuaire du Pirée au premier groupe chinois de transport maritime. Au total, l’entreprise d’Etat Cosco (China Ocean Shipping Company) détient donc désormais 67% du premier port grec, devenu numéro sept en Europe grâce à l’augmentation impressionnante du trafic de conteneurs depuis 2009 – lorsque la Chine a commencé à s’impliquer dans le port d’Athènes. Entre 2009 et 2018, le volume a été multiplié par six. Pour Sotirios Theofanis, ancien directeur général du Pirée, la raison principale de cette augmentation est la stratégie chinoise de dévier les transbordements de conteneurs vers Athènes.

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L’intérêt de la Chine pour la Grèce n’est pas nouveau: les relations diplomatiques

entre les deux pays ont amorcé un véritable tournant en 2004 lors des jeux Olympiques d’Athènes, quatre ans avant ceux de Pékin. La crise de la dette de 2008 est l’occasion d’amorcer une discussion avec le gouvernement grec, qui accorde à Cosco la gestion des terminaux 2 et 3. Les spéculations vont alors bon train: que fera le gouvernement de gauche d’Alexis Tsipras, élu en 2015? Très vite, ce dernier donne des gages au partenaire chinois, en bloquant une résolution européenne condamnant la Chine pour les violations des droits de l’homme.

Contre-attaque américaine

De quoi mettre l’administration Trump sur le pont, en particulier l’ancien secrétaire d’Etat Mike Pompeo qui fera deux fois le voyage à Athènes pour tenter de dissuader ses homologues grecs d’augmenter la participation de Cosco au capital du port du Pirée, ou de confier davantage de contrats aux Chinois. Opération en grande partie réussie: la 5G, les contrats concernant les chemins de fer, les centrales électriques, la compagnie d’assurance Ethniki Asfalistiki ou encore l’aéroport de Hellinikon ne sont finalement pas attribués à des entreprises chinoises, ni la concession pour les casinos qui va finalement aller à un consortium américano-grec. En ces temps de tension avec la Turquie voisine, le gouvernement grec – dirigé depuis 2019 par le conservateur Kyriakos Mitsotakis – préfère pencher vers l’UE et l’Otan pour assurer sa sécurité. La Chine, elle, cherche surtout à utiliser le Pirée comme tête de pont pour son implantation en Méditerranée, via la route de la soie maritime. Nombre de marchandises chinoises débarquent désormais en Europe via Athènes.

Pourtant, même si l’arrivée de Cosco a permis au Pirée de renaître de ses cendres, tout ne va pas pour le mieux pour la compagnie d’Etat chinoise en Grèce. En effet, la dernière tranche de son contrat était conditionnée à un certain nombre d’obligations: un nouveau terminal destiné aux navires de croisière, un centre logistique, un terminal réservé aux véhicules, ainsi que des hôtels destinés à accueillir des touristes chinois. Or seulement 58% de ces projets ont vu le jour. Certes, la pandémie est passée par là, mais la véritable raison est une opposition conjuguée des élus locaux, des armateurs, des constructeurs de bateaux, des syndicats ainsi que des associations de défense de l’environnement qui ont pendant des mois dénoncé la présence grandissante – et arrogante disent certains – de l’opérateur chinois. La Grèce a finalement dû honorer ses engagements, mais son économie ne dépend pas des investissements chinois, assure son Premier ministre. Pour le président Xi Jinping, la tête de dragon de l’empire du Milieu en Europe du sud n’est finalement pas si malléable. D’où l’envoi de nombreux émissaires, dont le ministre des Affaires étrangères Wang Yi, accueilli lors de sa visite fin octobre par des employés grecs de Cosco.

P. L. C.

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