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Éthiopie : les appels au calme se multipient face au risque d’un assaut rebelle contre Addis-Abeba

Les efforts diplomatiques s’intensifiaient jeudi pour éviter que la capitale de l’Éthiopie ne soit attaquée par les insurgés du Tigré, désormais à quelques centaines de kilomètres d’Addis-Abeba. Pour l’agence humanitaire américaine USAID, une telle étape pourrait aggraver la situation humanitaire déjà désastreuse dans le pays.

Face à la progression des rebelles du Tigré, la communauté internationale a redoublé ses efforts et renouvelé ses appels au calme, jeudi 4 novembre, pour tenter d’éviter qu’Addis-Abeba ne soit attaquée par les insurgés, désormais à quelques centaines de kilomètres de la capitale éthiopienne après la débâcle de l’armée fédérale. Selon l’agence humanitaire américaine USAID, une telle marche pourrait aggraver la situation humanitaire déjà désastreuse du pays.

Un an jour pour jour après l’envoi de l’armée fédérale au Tigré, la région la plus septentrionale de l’Éthiopie, les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) sont désormais à quelques centaines de kilomètres d’Addis-Abeba.

Ce week-end, ils ont revendiqué la prise de deux villes stratégiques dans la région de l’Amhara, où ils ont avancé après avoir repris l’essentiel du Tigré en juin. Mercredi, ils ont annoncé être entrés dans Kemissie, à 325 kilomètres au nord de la capitale.

Face à cette avancée, l’émissaire américain pour la corne de l’Afrique, Jeffrey Feltman, est arrivé jeudi à Addis-Abeba pour y plaider en faveur d’une suspension des opérations militaires et l’ouverture de discussions sur un cessez-le-feu. Il s’est notamment entretenu avec le président de la commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat.

« Toute marche vers Addis provoquerait une augmentation des déplacements (de population), une augmentation des besoins et des souffrances pour le peuple éthiopien », a prévenu jeudi un haut responsable de l’agence humanitaire gouvernementale américaine USAID. « Cela augmenterait certainement le besoin d’aide humanitaire, tout en compliquant la capacité à la fournir », a-t-il ajouté.

La situation humanitaire est déjà désastreuse dans une grande partie nord du pays, épicentre des combats.

L’Union européenne et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), qui réunit les pays d’Afrique de l’Est, ont aussi appelé à la fin des hostilités entre les forces gouvernementales et le TPLF.

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Les appels au calme se sont intensifiés depuis mardi, lorsque le gouvernement fédéral a décrété l’état d’urgence, bien qu’il continue à démentir perdre du terrain. La mesure a été approuvée jeudi par le Parlement, tandis que les autorités de la capitale demandaient aux habitants de s’organiser pour défendre la ville.

Cette mesure d’exception, imposée pour six mois, permet la mobilisation sous les drapeaux de tout citoyen éthiopien en âge de se battre. Elle permet aussi l’arrestation et la détention arbitraire de toute personne soupçonnée de collaborer avec les « groupes terroristes », une qualification appliquée au TPLF depuis le mois de mai.

« Nouvelle escalade probable » avec « troubles civils et violences ethniques »

Yoweri Museveni, le président ougandais, a quant à lui prié les dirigeants d’Afrique de l’Est de se réunir le 16 novembre prochain pour évoquer le conflit qui oppose le TPLF aux forces du gouvernement d’Abiy Ahmed.

« Les combats doivent cesser », a insisté le président kényan Uhuru Kenyatta, dans un communiqué.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a dit s’être entretenu mercredi avec Abiy Ahmed et avoir proposé de créer les conditions d’un dialogue entre Addis-Abeba et les insurgés.

L’ambassade américaine a annoncé jeudi qu’elle autorisait le départ volontaire de la plupart de son personnel et déconseillé les voyages en Éthiopie jugeant « une nouvelle escalade probable » et que « des troubles civils et des violences ethniques peuvent survenir ».

L’UE a renouvelé ses appels à un cessez-le feu et à des négociations, estimant que « la récente escalade (…) risque d’entraîner un peu plus le pays dans la fragmentation et les conflits armés généralisés, et d’aggraver la situation de la population ».

Obstruction « flagrante » de l’acheminement de l’aide humanitaire

Abiy Ahmed avait proclamé la victoire des forces fédérales le 28 novembre 2020, trois semaines après avoir envoyé l’armée au Tigré pour destituer les autorités régionales dissidentes issues du TPLF, qu’il accusait d’avoir attaqué des bases militaires fédérales.

Mais après repris l’essentiel de la région, les combattants pro-TPLF ont poursuivi leur offensive dans les régions voisines de l’Afar et de l’Amhara.

Après avoir gouverné de fait l’Éthiopie durant presque 30 ans, le TPLF a été progressivement écarté du pouvoir lorsque Abiy Ahmed est devenu Premier ministre en 2018 et n’a cessé ensuite de défier l’autorité du gouvernement fédéral.

Plus de 400 000 personnes sont au bord de la famine au Tigré, soumis à un blocus « de facto » selon l’ONU.

Le gouvernement et le TPLF s’accusent mutuellement d’entraver l’acheminement de l’aide et d’affamer la population.

Mais le responsable de l’USAID a estimé jeudi que le gouvernement menait contre le Tigré « peut-être l’obstruction humanitaire la plus flagrante au monde ». « Pratiquement aucun carburant, argent liquide, médicament ou fourniture médicale n’est entré depuis des mois, obligeant les (organisations) humanitaires à réduire ou arrêter complètement leurs programmes », a-t-il indiqué.

Ces deux dernières semaines, aucune aide n’a pu atteindre le Tigré, a-t-il affirmé, soulignant également les besoins croissants en Afar et Amhara, où des centaines de milliers de civils fuient les combats.

Rhétorique dangereuse

La rhétorique guerrière reste omniprésente dans les deux camps.

Meta, la société-mère de Facebook, a déclaré mercredi avoir supprimé un message d’Abiy Ahmed daté de dimanche appelant les Éthiopiens à « enterrer » le TPLF. Ce post a été retiré « pour violation de nos politiques contre l’incitation et le soutien à la violence », a indiqué un porte-parole.

Un post publié mercredi dans lequel le Premier ministre, lauréat du prix Nobel de la paix 2019, jure « d’enterrer cet ennemi avec notre sang et nos os et d’élever la dignité de l’Éthiopie » est toujours en ligne.

En septembre, le département d’État américain avait condamné un discours d’un conseiller d’Abiy Ahmed comparant les rebelles tigréens au diable et déclarant qu’ils devraient être « les derniers de leur espèce ».

Le conflit armé qui a éclaté le 3 novembre 2020 a déjà fait des milliers de morts et plus de 2 millions de déplacés. Il a aussi gagné deux régions voisines, déstabilisant le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, considéré jusqu’alors comme l’un des rares pôles de stabilité dans la région.

Avec AFP & Reuters

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