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Corée du Nord contre Corée du Sud, la spirale de la course aux armements

Le tir d’un missile nord-coréen, mardi, est le dernier exemple en date de la course aux armements entre les deux Corées. Séoul a décidé de développer rapidement ses propres systèmes d’armement. Une tendance qui inquiète les observateurs de la région.

La Corée du Nord ne semble plus pouvoir s’en passer. Le missile balistique tiré mardi 19 octobre représente le quatrième essai de missile par Pyongyang depuis le début du mois de septembre, après une période de calme de six mois.

Ce regain d’activité intervient dans un contexte régional tendu. Le leader nord-coréen Kim Jong-un ne s’adonne pas à ces démonstrations de force militaire uniquement pour tenter d’impressionner l’ennemi nord-américain, comme il peut en avoir l’habitude. Tous ces tirs participent aussi à ce qui apparaît de plus en plus, aux yeux de nombreux observateurs, comme une « course aux armements » qui gagne en intensité entre la Corée du Nord et la Corée du Sud.

Nouveau missile de croisière et avions supersoniques

« Il y a actuellement une escalade très rapide sur la péninsule coréenne qui atteint un point critique », analyse Sebastian Harnisch, spécialiste de la Corée du Nord à l’université de Heidelberg, contacté par France 24. « Du point de vue du contrôle de la prolifération des armes, la situation s’est sensiblement détériorée dans la région ces derniers mois », confirme Timothy Wright, spécialiste des questions militaires à l’International Institute for Strategic Studies de Londres, contacté par France 24.

Séoul n’est en effet pas resté les bras croisés pendant que Pyongyang enchaînait les tirs de missiles. La Corée du Sud a inauguré, lundi, le plus grand salon de défense militaire de son histoire, et le pays organise aussi cette semaine un sommet tripartite avec les États-Unis et le Japon afin de discuter du renseignement militaire face à la menace nord-coréenne.

La Corée du Sud a aussi démontré ses propres capacités de frappe militaire. Le gouvernement sud-coréen a annoncé, mi-septembre, avoir testé un missile balistique embarqué sur un sous-marin conventionnel. Puis, quelques jours plus tard, il a confirmé avoir développé un nouveau missile de croisière (à longue portée).

Le pays est aussi entré, en avril 2021, dans le club très fermé des nations – moins d’une dizaine – disposant d’avions de chasse supersoniques. Et enfin, il ne s’est pas privé de mener des exercices militaires de grande envergure avec les États-Unis en août, alors « que ce type de manœuvre est officiellement perçu par Pyongyang comme des préparatifs pour une invasion terrestre », rappelle Ramon Pacheco Pardo, spécialiste des questions de sécurité dans la péninsule coréenne au King’s College de Londres, interrogé par The Economist.

Séoul et Pyongyang cherchent depuis toujours à s’intimider militairement. « C’est un dilemme sécuritaire permanent et ancien. Tout développement militaire d’un côté de la zone démilitarisée est perçu comme une menace de l’autre, poussant à développer des systèmes d’armement capables d’intimider l’adversaire », résume Antoine Bondaz, spécialiste des deux Corées à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), contacté par France 24.

Accélération de la course aux armements

« On peut faire remonter la course aux armements à 1998 et au lancement du premier missile nord-coréen au-dessus du Japon », rappelle Timothy Wright. Depuis lors, la Corée du Sud développe et améliore des missiles capables de frapper et de détruire les bunkers dans lesquels l’état-major nord-coréen, y compris Kim Jong-un, est susceptible de trouver refuge en cas de conflit ouvert. Et Pyongyang, « conscient de ne pas pouvoir faire le poids dans le domaine des armes conventionnelles [fusils, tanks, etc.], mise tout sur les capacités asymétriques telles que la puissance nucléaire, les missiles balistiques ou les cyberattaques », note Antoine Bondaz.

Mais la période actuelle « marque une accélération de la course aux armements, notamment par l’ampleur des améliorations technologiques apportées aux arsenaux des deux pays », reconnaît Timothy Wright.

Les deux pays semblent s’être mis d’accord pour mettre en même temps le pied sur l’accélérateur militaire et c’est « en partie dû à des facteurs externes au traditionnel rapport de force entre les deux Corées », assure Sebastian Harnisch.

Côté Pyongyang, « Kim Jong-un doit faire face à une situation interne très compliquée entre la crise économique et la pandémie de Covid-19, ce qui le pousse à mettre plus que jamais l’accent sur les réussites technologiques afin de légitimer son action auprès de sa population », rappelle le chercheur allemand de l’université de Heidelberg.

Le leader nord-coréen profite aussi de la détérioration des relations sino-américaines. « Il a l’impression d’avoir davantage de marge de manœuvre pour ses tests de missiles, puisque la Chine risque moins de faire pression sur lui afin de faire plaisir à Washington », poursuit-il.

Héritage de l’ère Trump

En parallèle, la Corée du Sud n’est plus limitée dans le développement de ses missiles. À la fin des années 1970, Washington avait en effet imposé une série de contraintes à Séoul pour éviter, justement, une prolifération des armements sur la péninsule coréenne. Mais « depuis 2017 et le lancement d’un missile balistique nord-coréen à longue portée qui rendait les États-Unis presque à portée de tir de la Corée du Nord, Washington a progressivement éliminé les limitations », rappelle The Economist. C’est Joe Biden qui a levé la dernière – sur la portée maximale d’un missile sud-coréen – en mai 2021.

Conséquence : « Il y a eu une hausse massive des budgets liés à la défense permettant à la Corée du Sud de développer l’ensemble de ses capacités de missiles », souligne Antoine Bondaz.

Et là encore, ce n’est pas uniquement pour faire peur à Pyongyang. « Le développement des capacités de défense nationale est un argument politiquement porteur utilisé par le président Moon Jae-in pour asseoir sa popularité », note Sebastian Harnisch.

La faute, en partie, à l’ex-président américain Donald Trump. Son discours isolationniste et ses sorties, en 2018, sur une éventuelle réduction de la présence militaire américaine en Corée du Sud ont laissé un arrière-goût amer aux Coréens. « Cela a prouvé que l’allié américain n’était peut-être pas aussi fiable que ça, faisant de la nécessité de développer ses propres missiles un sujet porteur non seulement parmi les conservateurs, mais aussi parmi les libéraux comme Moon Jae-in », analyse Sebastian Harnisch.

Cette accumulation de facteurs, à l’origine de la nette escalade dans la course aux armements entre les deux Corées, est en train de transformer la péninsule coréenne en une vraie poudrière. Le risque « n’est pas de voir la situation dégénérer en conflit ouvert entre les deux Corées car les éléments de dissuasion [menace nucléaire au nord, et soutien américain pour le Sud] restent très forts », note Timothy Wright. Mais avec toutes ces armes qui s’ajoutent les unes aux autres, Sebastian Harnisch craint plutôt « l’erreur humaine qui peut entraîner la prochaine crise ». Avec des missiles et autres armes toujours plus puissants, les conséquences d’un mauvais jugement d’un général d’un côté ou de l’autre de la zone démilitarisée deviennent potentiellement de plus en plus graves.

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