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En Europe, la persistance d’un antisémitisme aux multiples facettes

Des étudiants lors d’une cérémonie en hommage à Ilan Halimi, à Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne), le 13 février 2019, deux jours après que deux arbres plantés à sa mémoire ont été profanés. FRANCOIS MORI / AP

Face aux diverses formes d’antisémitisme observées dans les sociétés européennes, les pays de l’Union sont loin de présenter un front uni : l’ex-Europe de l’Est reste marquée par les préjugés traditionnels contre les juifs ; les citoyens des pays de l’Europe de l’Ouest se montrent eux plus enclins à pointer du doigt la politique d’Israël envers les Palestiniens. C’est ce qui ressort, entre autres, d’un sondage commandé par l’Action and Protection League (APL), organisation partenaire de l’Association juive européenne (EJA), dont les responsables se réunissent mardi 12 et mercredi 13 octobre à Bruxelles pour une rencontre avec des parlementaires, des diplomates et des responsables d’institutions européennes.

Dans le détail, cette enquête de l’Ipsos, menée depuis deux ans dans seize pays de l’Union européenne (UE), confirme la persistance de nombre de stéréotypes sur les communautés juives d’Europe, qui représentent, selon les estimations, 1,5 million de personnes. Le président israélien, Isaac Herzog, s’adressant à distance depuis Jérusalem, devait dénoncer, mardi, « le fléau de l’antisémitisme qui continue de se répandre dans les rues et en ligne ». Globalement, les auteurs de l’étude estiment que 12 % des Européens sont « fortement » antisémites et 8 % « modérément ».

Grèce et Roumanie affichent leurs vues antisémites

Ainsi, 21 % des Européens interrogés sont « d’accord » (7 %) ou « plutôt d’accord » (14 %) avec l’idée que des réseaux secrets tenus par les juifs influenceraient la vie économique et politique du monde. Les Grecs (58 %) et les Hongrois (39 %) en sont même particulièrement convaincus.

A travers l’Europe, la Grèce et la Roumanie sont les deux pays qui affichent le plus massivement leurs vues antisémites, quelles que soient les formes envisagées : un rejet fondé sur la religion, alimenté par la politique, marqué par le complotisme ou nourri de négationnisme… Et plus d’un tiers des Grecs et des Polonais jugent que les juifs ne peuvent pas s’intégrer dans leur société, contre 17 % au niveau européen. L’idée qu’il faut « se méfier des juifs » est encore fortement ou plutôt partagée par 48 % des Grecs, 41 % des Polonais et 39 % des Hongrois. A l’inverse, seuls 4 % des Néerlandais et 2 % des Suédois souscrivent à cette affirmation. Sur le plan religieux, 39 % des Grecs et 30 % des Roumains jugent toujours les juifs responsables de la mort de Jésus, entretenant la notion de « peuple déicide ».

Selon le sondage, les vues révisionnistes sont présentes à l’est de l’Europe… et en France : 24 % des Roumais, 23 % des Grecs, 21 % des Hongrois, ainsi que 20 % des Polonais et des Français sont d’accord ou plutôt d’accord avec l’affirmation selon laquelle le nombre de victimes juives de la Shoah est inférieur aux chiffres communément admis. Une proportion qui tombe à 11 % en moyenne dans les seize pays. Sur le devoir de mémoire, ce sont, cette fois, les Autrichiens et les Allemands qui se singularisent : 43 % des premiers et 28 % des seconds (contre 19 % en moyenne) estiment que, quatre-vingts ans après les faits, il faudrait moins parler de la Shoah. En France, en Suède ou aux Pays-Bas environ huit personnes sur dix estiment, en revanche, qu’il est important de garder la mémoire des persécutions.

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