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Retrait des troupes américaines d’Afghanistan, le Pentagone admet un « échec stratégique »

Le président des chefs d’état-major interarmées, le général Mark Milley, témoigne lors d’une audience devant la commission des services armés du Sénat, au Dirksen Senate Office Building, le 28 septembre 2021, au Capitole, à Washington, DC. ALEX WONG / AFP

Près de deux mois après le retrait des troupes américaines d’Afghanistan, le Pentagone reconnaît des manquements. Les chefs du Pentagone ont admis, mardi 28 septembre, des erreurs de jugement ayant conduit à un « échec stratégique » en Afghanistan, avec la victoire fulgurante des talibans, à l’issue de vingt ans de guerre.

Le chef d’état-major, le général Mark Milley, et le chef du commandement central américain (Centcom), le général Kenneth McKenzie, ont admis publiquement pour la première fois avoir conseillé à Joe Biden de maintenir 2 500 soldats en Afghanistan pour éviter un effondrement du régime de Kaboul, en s’expliquant devant les élus du Sénat sur la fin chaotique de cette guerre.

Un avis que le président américain a choisi de ne pas suivre, et qu’il assurait en août n’avoir jamais reçu. « Personne ne m’a dit ça à ma connaissance », affirmait M. Biden le 19 août sur ABC. « Le fait que l’armée afghane, que nous avons formée avec nos partenaires, se soit effondrée – souvent sans tirer une balle – – nous a tous pris par surprise », a admis le ministre américain de la défense, Lloyd Austin.

« Nous n’avons pas réalisé le niveau de corruption et l’incompétence de leurs officiers de haut rang, nous n’avons pas mesuré les dommages causés par les changements fréquents et inexpliqués décidés par le président Ashraf Ghani au sein du commandement, nous n’avons pas prévu l’effet boule de neige des accords passés par les talibans avec quatre commandants locaux après l’accord de Doha, ni le fait que l’accord de Doha avait démoralisé l’armée afghane », a-t-il énuméré.

L’administration de Donald Trump a signé le 29 février 2020 à Doha un accord historique avec les talibans qui prévoyait le retrait de tous les soldats étrangers avant le 1er mai 2021, en échange de garanties sécuritaires et de l’ouverture de négociations directes inédites entre les insurgés et les autorités de Kaboul.

Crédibilité « endommagée »

« C’est un échec stratégique », a commenté le général Mark Milley. « L’ennemi est au pouvoir à Kaboul. Il n’y a pas d’autre façon de décrire les choses ». Il a aussi prévenu que le risque d’une reconstitution en Afghanistan d’Al-Qaïda ou de l’organisation Etat islamique (EI) était « une possibilité très réelle ».

Au moment où le Pentagone affirme pouvoir poursuivre à distance ses frappes de drone contre Al-Qaida et l’EI, le général McKenzie a été questionné sur les chances d’éviter une attaque contre des intérêts américains lancée depuis l’Afghanistan par des groupes jihadistes. « Cela reste à voir », a-t-il répondu.

Le général Mark Milley a noté que la décision de retirer d’Afghanistan les conseillers militaires déployés au sein des unités afghanes, il y a trois ans, a contribué à surestimer les capacités de l’armée afghane. « Nous n’avons pas pu évaluer complètement le moral et la volonté du commandement », a-t-il expliqué. « On peut compter les avions, les camions, les véhicules, les voitures (…) mais on ne peut pas mesurer le cœur humain avec une machine. (…) Il faut être là. »

Des divergences sont apparues entre le chef d’état-major et le ministre, lorsqu’un élu leur a demandé si la réputation des Etats-Unis avait été « endommagée » par le retrait. « Je pense que notre crédibilité auprès de nos alliés et partenaires dans le monde, ainsi qu’auprès de nos adversaires, est réexaminée avec beaucoup d’attention », a déclaré le chef d’état-major. « Endommagée est un mot qui peut être employé, oui. » « Je pense que notre crédibilité reste solide », a au contraire jugé M. Austin.

Le chef d’état-major a par ailleurs affirmé n’avoir jamais douté de l’état mental de l’ancien président Donald Trump à la fin de son mandat, contrairement aux affirmations de journalistes auxquels il a reconnu avoir parlé.

« Je suis certain que le président Trump n’avait pas l’intention d’attaquer les Chinois et c’était ma responsabilité directe, au nom du ministre, de faire connaître les ordres et les intentions du président », a déclaré devant les élus du Congrès le général Milley, qui s’expliquait pour la première fois sur cette affaire.

Le Monde avec AFP

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