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Le cyberharcèlement, risque incontournable pour les assureurs scolaires

Insultes, messages haineux, humiliations sur les réseaux sociaux ou divulgation de photos intimes: le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement sont devenus des risques incontournables pour les assureurs spécialistes de l’assurance scolaire, quand de nombreux parents ignorent encore que de tels produits existent.

Julien, dont le prénom a été modifié, a choisi de souscrire une assurance contre le harcèlement scolaire pour sa fille de 6 ans. Une décision prise à la suite de trois ans de harcèlement, un suivi de la petite fille chez un psychologue et une orthophoniste et des frais d’avocat « extrêmement chers ».

Il décrit « une impression de broyer du noir, qu’il n’y a personne autour de vous, que vous êtes seul ». Même si l’assurance ne peut couvrir les risques passés, il se dit désormais averti et veut se montrer prévoyant. Quant à sa fille, « elle se reconstruit petit à petit, mais elle a accumulé beaucoup de retard », s’inquiète-t-il.

Distincte de la garantie responsabilité civile figurant sur les contrats d’assurance habitation, l’assurance scolaire protège l’enfant des dommages causés et subis à l’école, au collège ou au lycée.

Elle n’est pas obligatoire, sauf en cas d’activités scolaires facultatives – lors d’un séjour linguistique ou d’une sortie culturelle par exemple.

Campagne contre le harcèlement à l’école, le 7 novembre 2019 (AFP/Archives – GEOFFROY VAN DER HASSELT)

« Le harcèlement scolaire a toujours existé. Il y a eu une accélération dans ces derrières années avec l’utilisation des réseaux sociaux », explique Philippe Bénet, président de la Mutuelle Assurance de l’Education (MAE).

Leader du secteur, la MAE couvre 2,5 millions de familles. Depuis 2015, une garantie cyberharcèlement est incluse dans toutes ses offres d’assurance scolaire. Elle permet une participation aux frais de consultations chez un psychiatre ou un psychologue.

« C’est une garantie qui intéresse beaucoup les parents », assure Philippe Bénet, mais qui reste encore « très peu activée ». Seulement « quelques centaines d’assurés chaque année utilisent le volet soutien psychologique », précise la MAE.

Pourtant, sur les 12 millions d’élèves qui ont repris début septembre le chemin de l’école, 700.000 d’entre eux pourraient être victime de harcèlement, selon la mutuelle.

– « Éduquer les parents » –

L’association de lutte contre le harcèlement scolaire Marion la main tendue s’est associée à l’assureur Wakam pour lancer à la rentrée 2021 l’assurance solidaire Kolibri, qui protège spécifiquement contre le harcèlement.

Elle coûte 18 euros par an. Wakam a développé cette offre à prix coûtant.

Sur les 12 millions d’élèves qui ont repris début septembre le chemin de l’école, 700.000 d’entre eux pourraient être victime de harcèlement (AFP/Archives – Martin BUREAU)

Sur chaque assurance souscrite, 1,50 euro servira à l’ouverture de Maisons de Marion, structure de l’association pour la prise en charge des victimes de harcèlement à l’école et de leur famille.

Pour Nora Fraisse, fondatrice de Marion la main tendue – du nom de sa fille de 13 ans qui s’est suicidée suite au harcèlement qu’elle subissait à l’école-, assurer son enfant contre le harcèlement peut permettre « de libérer la parole », de décomplexer le fait de demander de l’aide. « Les victimes peuvent se dire qu’un psy, c’est pour les fous, ça coûte cher et maman a déjà assez de problèmes… »

Outre une prise en charge de frais d’avocat, de séances de psychologues ou de cours à domicile, l’assurance propose un « bouclier e-reputation », pour aider à retirer des réseaux sociaux ce qui atteint l’image de la victime.

Dans le centre scolaire Notre-Dame à Villefranche-sur-Saône, un ensemble d’établissements privés sous contrat, la direction a choisi d’expérimenter l’assurance Kolibri avec 1.400 élèves sur les 4.200 qu’elle comptabilise.

« Nous sommes devant un problème insoluble pour nous, car les causes sont extérieures, (…) mais ont des conséquences à l’intérieur sur la sérénité de la classe du collège ou du lycée, et de certains élèves », regrette Christophe Audard, directeur général du centre scolaire.

Le directeur souhaite « éduquer les parents à une réalité: que leurs enfants sont totalement imbibés des réseaux sociaux », afin qu’ils « se rendent compte de l’activité réelle de leur enfant sur les réseaux ».

« Ça m’intéresse que chacun constate qu’aujourd’hui, ça s’appelle un risque. Une assurance existe car c’est un risque », insiste-t-il. « Les réseaux sociaux ne sont pas qu’une opportunité. »

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