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Afghanistan : les talibans prennent possession d’une première capitale régionale

Les forces de sécurité afghanes surveillent un point de contrôle dans la province de Herat, le 9 juillet 2021. JALIL AHMAD / REUTERS

La victoire est très symbolique pour les talibans et elle pourrait avoir un effet psychologique dévastateur pour l’armée afghane, dont le moral est déjà au plus bas. Les insurgés se sont emparés, vendredi 6 août, de la ville afghane de Zaranj, première capitale provinciale à tomber entre leurs mains depuis le début de leur offensive, en mai.

Les talibans ont pénétré dans la capitale de la province de Nimroz, dans le sud-ouest de l’Afghanistan, sans rencontrer « aucune résistance », a déclaré Roh Gul Khairzad, la gouverneure adjointe de la province. Petite ville située à la frontière avec l’Iran, Zaranj vaut surtout pour son importance économique. Sa prise permet également aux insurgés de contrôler une nouvelle partie des frontières afghanes.

Les talibans avaient déjà fait main basse sur plusieurs postes-frontières-clés avec l’Iran, le Tadjikistan, le Turkménistan, et le Pakistan. Tous sont une source vitale de revenus tirés des droits de douane.

Les ressortissants britanniques appelés à quitter le pays

Le président tadjik, Emomali Rahmon, a affirmé vendredi que les talibans contrôlaient la totalité de la frontière entre l’Afghanistan et le Tadjikistan, soit près de 1 300 kilomètres, lors d’un sommet réunissant les chefs d’Etat des cinq ex-républiques soviétiques d’Asie centrale – Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan, Kirghizistan et Kazakhstan.

Les insurgés se sont emparés depuis trois mois de vastes territoires ruraux lors d’une offensive éclair lancée à la faveur du retrait des forces internationales, qui doit être complètement achevé d’ici au 31 août. Après avoir rencontré une faible résistance dans les campagnes, ils dirigent depuis quelques jours leurs offensives sur les grandes villes, encerclant plusieurs capitales provinciales.

La situation a conduit le Royaume-Uni à demander à tous ses ressortissants de quitter immédiatement l’Afghanistan au vu d’une « situation sécuritaire qui empire ». « Il est conseillé à tous les ressortissants britanniques en Afghanistan de partir dès maintenant via des moyens [de transport] commerciaux », a écrit vendredi le ministère des affaires étrangères britannique sur son site Internet. Les autorités britanniques déconseillent tout voyage dans le pays et préviennent qu’elles ne sont en mesure de fournir qu’une assistance « extrêmement limitée ».

Des responsables gouvernementaux ciblés

Lors d’une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, l’émissaire de l’ONU en Afghanistan, Deborah Lyons, a appelé les talibans à « cesser » leurs « attaques contre les villes », demandant au Conseil d’adresser un avertissement « sans ambiguïté ».

Quelques heures auparavant, les talibans avaient tué Dawa Khan Menapal, un ancien porte-parole adjoint du président afghan, Ashraf Ghani, selon le ministère de l’intérieur afghan. Les insurgés ont ainsi mis leur menace à exécution, après avoir promis mercredi de mener de nouvelles opérations de « représailles » contre de hauts responsables gouvernementaux en réponse à la campagne de bombardements aériens de l’armée afghane. Les armées afghane et américaine ont procédé ces derniers jours à de multiples frappes aériennes pour tenter d’enrayer l’avancée des talibans sur plusieurs centres urbains majeurs.

M. Menapal était une figure bien connue de la communauté des médias à Kaboul. Cet ex-journaliste s’en prenait régulièrement aux talibans sur les réseaux sociaux, souvent avec ironie. Sediq Sediqqi, ancien porte-parole du chef de l’Etat, s’est dit « profondément choqué et bouleversé d’apprendre que [son] ami et ancien collègue avait été tué par les ennemis de [leur] pays ».

Les talibans, qui avaient déjà ciblé mardi à Kaboul le ministre de la défense, le général Bismillah Mohammadi, sorti sain et sauf de cette attaque qui a fait huit morts, n’ont pas tardé à revendiquer cet assassinat.

Aucun endroit sûr où se réfugier

Les combats se sont par ailleurs poursuivis vendredi à Lashkar Gah, capitale de la province du Helmand, dans le sud du pays, où l’armée a lancé une contre-attaque mercredi soir, mais aussi à Sheberghan (nord du pays), dans la province de Jawzjan, fief du célèbre chef de guerre Abdul Rachid Dostom. Le ministère de la défense a affirmé en fin d’après-midi que les talibans avaient été chassés de Sheberghan, où ils avaient pénétré un peu plus tôt.

A Lashkar Gah, les bureaux de l’ONG Action contre la faim ont été touchés jeudi par un « bombardement aérien ». « Le bâtiment était clairement identifié comme appartenant à une organisation humanitaire, que ce soit depuis la rue ou le toit de l’immeuble. Par ailleurs, son emplacement a été communiqué à plusieurs reprises aux parties au conflit », a souligné l’ONG.

Les civils, qui paient un prix fort à la guerre, continuent de tenter de fuir les zones de combat, comme l’armée les y a invités, mais sans avoir aucun endroit sûr où se réfugier.

Le Monde avec AFP

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