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Interdiction des moteurs à essence: quelles conséquences pour les automobilistes?

La Commission européenne devrait proposer mercredi d’interdire à partir de 2035 la vente de voitures neuves à essence ou diesel: qu’est-ce qui va changer pour les automobilistes?

Q. Pourra-t-on toujours rouler à l’essence?

R. Oui. D’ici à ce que l’interdiction tombe, ces modèles devraient encore se vendre par dizaines de millions à travers l’Europe, et ils pourront toujours rouler après 2035.

La Commission mise sur cette interdiction pour atteindre un transport complètement décarboné en 2050 (l’objectif de neutralité carbone de l’Europe), car une voiture reste environ 15 ans sur la route avant de partir à la casse.

« Les voitures d’occasion seront plutôt concernées par les restrictions de circulation locales, comme les zones à faibles émissions », précise Julia Poliscanova de l’ONG européenne Transport and Environment.

Dans ces zones, dans des métropoles comme Londres ou Paris, l’accès serait limité assez vite aux seuls véhicules électriques.

Q. Les voitures vont-elles devenir un produit de luxe?

Ligne de fabrication de la Volkswagen ID 3, électrique, à Dresde, en Allemagne, le 8 juin 2021 (AFP/Archives – JENS SCHLUETER)

R. Les prix des voitures électriques, aujourd’hui bien plus élevés que ceux des thermiques, pourraient baisser assez vite à mesure qu’elles sont produites en masse et que le coût des batteries baisse. Selon le groupe Stellantis (Peugeot, Fiat…), la parité pourrait être atteinte entre 2025 et 2030.

Les usages évoluent également, avec de plus en plus de véhicules proposés en leasing, ce qui permet de « lisser le prix », souligne Thomas Morel du cabinet McKinsey.

De l’autre côté, le prix des voitures à essence devrait augmenter avec des malus gouvernementaux croissants, sans compter les amendes aux constructeurs responsables de trop d’émissions de CO2, a expliqué mardi Volkswagen.

Q. Que fera-t-on des vieux véhicules?

Moteur électrique en voie d’installation dans une 2CV le 9 juillet 2020 à Cassis, au 2CV Mehari Club (AFP/Archives – CLEMENT MAHOUDEAU)

R. « On peut imaginer qu’il y aura des encouragements à changer de véhicule, à l’instar des primes à la casse », souligne Thomas Morel. « Bon nombre de véhicules vont devenir obsolètes, et n’auront probablement pas le droit de circuler dans certaines zones urbaines. Leur valeur résiduelle pourrait ainsi baisser drastiquement ».

« On peut d’abord imaginer qu’on aura besoin de moins de voitures », indique Julia Poliscanova chez T&E. « Dans les villes notamment, on utilisera les transports en commun, les vélos, les véhicules partagés ».

Le retrofit (un moteur électrique dans une voiture d’occasion) pourrait également permettre une transition plus écologique.

Q. Les constructeurs seront-ils prêts?

R. L’année 2020 a marqué une vraie accélération, sous pression de l’UE et grâce aux aides publiques. Les constructeurs ont électrifié leurs gammes et le marché des hybrides et des électriques a explosé en Allemagne, en France ou en Italie.

« Chaque constructeur a pris la mesure des changements en cours », souligne Thomas Morel. « Toutefois, les niveaux d’investissement restent très variables d’un acteur à l’autre ».

Volkswagen et Volvo ont présenté les plans les plus ambitieux avec, respectivement, 60% de voitures électriques en Europe, et 100% dans le monde, d’ici 2030. Renault, pionnier de l’électrique avec sa Zoé, accélère sa transition, tout comme Stellantis, en pointe sur les hybrides.

Q. Les hybrides ont-ils un avenir?

R. Les hybrides rechargeables ont un moteur électrique qui aide ou remplace le moteur thermique sur quelques kilomètres. Plus lourds que leurs équivalents thermiques, avec leurs deux moteurs, ils peuvent être plus polluants s’ils ne sont pas rechargés.

Ils pourraient faire l’objet de cette interdiction européenne en 2035. Mais France et Allemagne défendent ces voitures de « transition » vers le tout-électrique. La question reste posée.

Q. L’Europe compte-t-elle assez de bornes de recharge ?

Borne de recharge dans l’usine Volkswagen à dresde, en Allemagne, le 8 juin 2021 (AFP/Archives – JENS SCHLUETER)

R. Non. L’Union comptait environ 250.000 bornes publiques en septembre 2020, surtout des bornes de faible puissance, compliquées à utiliser, et concentrées dans quelques pays, selon la Cour des comptes européenne. C’est le principal sujet pour les constructeurs, qui veulent que les pouvoirs publics aident à l’installation de bornes à domicile et sur la voie publique.

« Les voitures vont arriver et créer un modèle économique », souligne Julia Poliscanova, citant en exemple la Norvège ou les Pays-Bas. « Il faudrait cependant que la Commission européenne impose des standards pour les bornes, afin que les automobilistes puissent être sûrs de recharger leur véhicule, où qu’ils aillent ».

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dans un entretien à des journaux européens, a dit qu’il fallait des points de recharge tous les 60 kilomètres le long des principales routes européennes.

Contre la peur de la panne, « les constructeurs vont devoir faciliter la vie des utilisateurs », souligne Thomas Morel. « Si demain l’autonomie est portée à hauteur de 500 kilomètres par exemple, et que la charge est réduite à 10 minutes, un frein majeur sera levé ».

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