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En Argentine, Buenos Aires, une ville « à vendre »

A Buenos Aires, en mars 2020. A Buenos Aires, en mars 2020.

LETTRE DE BUENOS AIRES

Maisons centenaires au charme bohème, à l’ombre des frênes : la rue du quartier de Palermo, à Buenos Aires, conduisant à l’agence immobilière où travaille Gabriel Amante, invite à flâner et à lever le nez. Au balcon en fer forgé d’une demeure aux hautes fenêtres élégantes : un panneau « A vendre ». Un peu plus loin, un logement de plain-pied à la peinture jaune défraîchie : « A vendre ». Au-dessus des fenêtres de l’agence : « A vendre », à deux étages. Et juste en face : deux panneaux supplémentaires. « J’ai cet appartement en très bon état. Cuisine séparée, balcon, faibles charges, beaucoup de rangements. 58 m2, 160 000 dollars. En plein quartier touristique. Idéal pour le louer à des voyageurs », déroule Gabriel Amante, photos à l’appui. Avant de lever les sourcils : « bon… », l’air de signifier « des touristes, il n’y en a plus ». L’annonce est publiée depuis cinq mois.

Le vendeur pourrait continuer. Son portefeuille compte 150 propriétés dans la capitale, en attente d’acheteurs. « C’est énorme », admet-il en vérifiant ses messages : rien de nouveau. « J’ai un autre appartement, immense, lumineux, 310 000 dollars. Ça ne vous intéresserait pas, vous ? Vous auriez peut-être des investisseurs, sinon ? », tente-t-il, ne perdant pas le fil du métier. « Quel Argentin a un tel montant à sortir d’un coup ? », s’interroge-t-il.

Un marché à l’arrêt

Symptôme d’une société exsangue, en récession depuis trois ans, encore davantage ébranlée par la crise sanitaire, Buenos Aires déborde d’offres d’appartements, en plus des commerces ayant mis la clef sous la porte. « On compte 140 000 biens en vente. Il y a aujourd’hui deux fois plus d’appartements à vendre qu’en 2016 », calcule Daniel Bryn, directeur de l’agence Invertire, qui a dressé un diagnostic du marché. En parallèle, les actes notariés ont plongé l’année dernière, avec moins de 19 000 signatures, selon les données du collège des notaires de la capitale.

« Cette dynamique a commencé avec la récession de 2018. En 2020, le marché a été à l’arrêt pendant quasiment six mois avec l’impossibilité d’organiser les visites. Il y a une accumulation de stock », décrit Rodrigo Lejtman, économiste et analyste de marchés pour le site d’annonces spécialisées ZonaProp. Pour le compte de l’entreprise, il effectue une veille d’autres grandes villes latino-américaines. « La situation de Buenos Aires est totalement particulière parce qu’il n’y a pratiquement pas d’accès au crédit immobilier à long terme, à cause de l’inflation », relève le spécialiste.

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