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Cacique Raoni : « Bolsonaro a toujours incité à la violence contre nous »

Le chef indigène Raoni, le 21 avril 2019 à Sao José do Xingu (Mato Grosso, Brésil). Le chef indigène Raoni, le 21 avril 2019 à Sao José do Xingu (Mato Grosso, Brésil).

Le pas est plus lent, le geste plus mesuré et la fatigue certaine : à plus de 90 ans, le cacique Raoni Metuktire se remet difficilement, et du Covid qu’il a contracté fin août 2020, et du décès de son épouse, le 23 juin. Après six mois passés à Colider, une bourgade du Mato Grosso, un Etat du centre-ouest du Brésil, il a décidé de rentrer dans son aldeia (« village »), Metuktire, en ce début janvier, où il nous reçoit. L’objectif du voyage était d’informer les siens d’une énième lutte qu’il a entreprise. Comme dans les années 1990, quand il se battait pour délimiter les territoires kayapo, comme une décennie plus tard quand il s’opposait au barrage de Belo Monte, en pleine Amazonie, c’est à nouveau vers l’international que Raoni se tourne aujourd’hui pour obtenir de l’aide.

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Cette fois, le chef indigène se lance dans une aventure judiciaire inédite, à la fois audacieuse et risquée : dénoncer Jair Bolsonaro devant la Cour pénale internationale – la plainte a été déposée le vendredi 22 janvier à La Haye. Il n’ignore nullement que cela ne peut que provoquer la furie de ceux qui soutiennent le président, grands propriétaires terriens et chercheurs d’or en tête, tous proches des territoires kayapo. Mais il répète qu’il n’a pas le choix : « Bolsonaro a toujours incité à la violence contre nous, je ne peux pas accepter la façon dont il nous dépeint. »

Raoni a en mémoire ses rencontres avec tous les chefs d’Etat depuis la fin de la dictature militaire (1964-1985). Certaines entrevues ont été tendues, en particulier avec les anciens présidents Lula da Silva et Dilma Rousseff, qui ont donné leur feu vert à la construction de Belo Monte sur le fleuve Xingu. « Mais le dialogue a toujours été maintenu », ajoute le leader. Seuls Michel Temer et Jair Bolsonaro ne l’ont jamais reçu. Les deux présidents, soutenus par le groupe parlementaire dit « ruraliste », qui défend les intérêts de l’agrobusiness, sont à l’origine d’attaques historiques contre les droits des indigènes, pourtant inscrits dans la Constitution. Avec Bolsonaro, c’est aussi à une démonstration de racisme et de mépris qu’on a droit, très régulièrement. Petit florilège : « De plus en plus, l’Indien devient un être humain comme nous », disait-il en janvier 2020, ou encore en novembre 2020 : « Il existe une déforestation illégale ? Oui, il y a des Indiens qui échangent un tronc d’arbre contre une bière. »

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