La rue de Valois s’attendait-elle à un jugement si sévère Dans une note publiée mardi 14 décembre, la cour des Comptes remet sèchement à sa place le ministère de la Culture. L’action de l’administration centrale manque de « souffle », soupirent les magistrats. « Hormis quelques initiatives de portée générale, comme la gratuité dans les musées pour les jeunes ou, dernièrement, le ‘Pass Culture’, la politique du ministère consiste principalement dans la poursuite d’une politique de subventions et de guichet ».
La cour pointe une tendance à distribuer les « aides publiques » sans véritable vision à long terme, « selon une politique de guichets et de droits acquis difficile à remettre en cause ». Un « saupoudrage », notent les magistrats, qui n’a fait « qu’émousser » l’action du ministère au fil du temps. Dossier « sensible », le cas des subventions accordées au spectacle vivant et à leur « offre surabondante » est pointé du doigt. Cet éparpillement de subventions serait à l’origine d’un « déséquilibre entre la création et la diffusion » et mériterait d’être réformé, ajoute la note.
L’éparpillement des ressources
Alors que le budget du ministère devrait s’élever à plus de 4 milliards d’euros en 2021, l’administration semble avoir perdu de vue les grandes missions « d’orientation et d’incitation », remarque la cour des comptes. Aussi les magistrats s’attaquent-ils à l’absence de réflexion autour du « patrimoine rural et communal », victimes de cette « dispersion » des ressources. Des sites souvent délaissés au profit des « grands opérateurs », comme le Louvre, le château de Versailles, ou l’Opéra de Paris, qui consomment jusqu’à 45% des crédits accordés à la rue de Valois.
« Les marges de manœuvre du ministère se réduisent de plus en plus à l’engagement de projets ponctuels », relève la note, comme la rénovation du Grand Palais programmée sur la période 2020-2024, à Paris, ou la transformation du château de Villers-Cotterêts en « Cité internationale de la langue française », portée par Emmanuel Macron avec le Centre de monuments nationaux (CMN). Mais bien des chantiers sont restés à l’état de projets, faute d’autorisations pour commencer les travaux, malgré l’importance des fonds débloqués au cours de l’épidémie.
Moins de gestion, plus de régions
« Le constat est sévère mais il n’est pas nouveau », commente la professeure et économiste, Françoise Benhamou. « Le ministère a perdu cette fonction de chef d’orchestre qu’il occupait au temps de Jack Lang », constate-t-elle. En cause, la grande mobilité des ministres et des cadres du ministère, moins bien payés, dans l’ensemble, que leurs collègues de la haute-fonction publique. Le salaire des dix agents les mieux rémunérés du ministère y était de 12.710 euros mensuels en 2020, contre 22.000 au ministère de la Transition écologique, constate un rapport de la DGAFP cité par Acteurs Publics.
Les modes de consommation de la culture, eux aussi, ont évolué avec l’époque. « Entre les opérateurs privés, les directions régionales, et les Gafam, le ministère n’est plus toujours capable de lancer la musique », souligne l’économiste. « Le virage du numérique demande à l’Etat de repenser son rôle dans les échanges entre ces différents acteurs et de se donner une vision à plus long terme de ce qu’il souhaite pour renouveler le public des musées, par exemple, ou rayonner à l’étranger », précise-t-elle.
Un avis partagé par la cour des comptes qui appelle le ministère à se recentrer sur ses missions « nationales » et à décentraliser, encore davantage, ses fonctions de tutelle. Un appel à déléguer plus de tâches aux musées et aux directions régionales, notamment en termes de personnel. Une quinzaine de musées (musée Picasso, de Cluny, de Saint-Germain-en-Laye, etc) relèvent toujours du ministère, sur un total de 9.400 fonctionnaires, rappellent les magistrats. Contacté, le ministère de la Culture n’a pas souhaité réagir à ces critiques.
]
L’article Comment le ministère de la Culture est devenu un « guichet » à subventions est apparu en premier sur zimo news.