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Biélorussie : « Nous avons documenté près de 3 000 cas de torture »

Victoria Fedorova, avocate spécialisée dans les droits de l’homme, est la représentante du comité international d’enquête sur la torture en Biélorussie, créé après le soulèvement déclenché par la réélection d’Alexandre Loukachenko, le 9 août 2020.

Les manifestants biélorusses qui ont été arrêtés ont-ils déposé des plaintes pour des violences physiques subies après le soulèvement du 9 août 2020 ?

Oui, au début nous avons aidé les gens, à Minsk et dans les régions, à s’adresser aux comités d’enquêtes [institutions judiciaires biélorusses]. Au 17 août 2020, plus de 700 citoyens avaient déposé des plaintes officielles pour torture. En septembre, ils étaient 1 800. Mais ils ont vite compris que personne n’ouvrirait d’enquête sur leurs cas. D’autant que certains ont été réprimés pour cela. Ils ont été interrogés, non pas sur les faits de torture, mais sur les manifestations. Donc, les gens ont pris peur.

Combien de cas de violence avez-vous recensé dans le pays ?

Avec Viasna [une ONG biélorusse de défense des droits de l’homme qui fait elle-même l’objet d’une procédure de liquidation judiciaire], nous avons documenté environ 3 000 cas de torture. Ce qui ne représente pas le nombre total, car beaucoup de personnes craignent de parler, même avec les défenseurs des droits humains.

Quels types de violences avez-vous rencontrés ?

Au mois d’août 2020, les manifestants arrêtés ont été sévèrement battus. Ils étaient détenus dans des conditions cruelles : sans nourriture, sans eau, sans toilettes, dans des cellules surpeuplées, sans rien pour dormir. Lorsqu’ils faisaient des demandes visant à améliorer les conditions de détention ou pour des médicaments en période de pandémie, ils étaient battus, conditionnés d’une telle manière qu’ils pensaient pouvoir être tués ou violés à tout moment. Notre dernier rapport sur les conditions de détention (d’août 2020 à mai 2021), montre que ces actes n’ont jamais cessé.

L’ONG Viasna dénombre 603 prisonniers politiques, un chiffre qui ne cesse de
s’accroître. Quelles sont les conditions de détention aujourd’hui ?

Dans le centre de détention préventive n° 1 de la rue Volodarski, réservé aux affaires politiques, ce n’est pas comme à Okrestina [une prison réservée aux peines administratives et réputée pour la violence de ses gardiens], mais les conditions ne sont pas bonnes. Les cellules sont surpeuplées, elles pâtissent de mauvaises installations, il y a des infections au Covid-19 et un manque de médicaments. Certains peuvent attendre leur procès des années. Pour ceux qui ont été jugés, les conditions de détention sont meilleures.

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