
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LETTRE DE PÉKIN
Mardi 29 décembre 2020, il est 1 h 30 du matin quand Zhang quitte, avec quelques collègues, son travail à la division « achat de légumes » de Pinduoduo, un des géants chinois du commerce en ligne. Victime d’un malaise, cette jeune femme de 22 ans succombe quelques heures plus tard à l’hôpital d’Urumqi (Xinjiang). Très vite, les réseaux sociaux chinois s’enflamment. D’anciens salariés dénoncent les conditions imposées par cette entreprise : des journées de douze heures, jusqu’à treize jours d’affilée sans repos et l’obligation de travailler au moins trois cents heures dans le mois.
La réaction de Pinduoduo ne fait qu’envenimer la situation. « Regardez les gens en bas de la société. Qui n’échange pas sa vie contre de l’argent ? Je ne vois pas ça comme un problème lié au capitalisme mais un problème social. C’est une ère où il faut travailler dur. Vous pouvez choisir d’avoir des journées tranquilles et confortables, mais vous devez en accepter les conséquences. Les gens peuvent contrôler leurs efforts. Nous le pouvons tous », écrit l’entreprise dans un message qu’elle fera disparaître rapidement.
Manifestement, la culture du 9-9-6 (travailler de 9 heures à 21 heures six jours par semaine) qui caractérise les géants de la tech chinoise n’a pas disparu.
Le samedi 9 janvier, Tan, un jeune ingénieur en informatique travaillant également pour Pinduoduo, rentre chez ses parents, dans le Hunan, et se jette par une fenêtre du 27e étage. La polémique repart de plus belle. Pinduoduo n’est pas un cas isolé. Le 21 décembre, un coursier de 43 ans travaillant pour une autre plate-forme de livraison, Ele.me, décédait, en pleine rue, à Pékin, entre deux courses.
Ubérisation de l’économie
Il y a dix ans, une vague de suicides chez Foxconn, le principal sous-traitant d’Apple, attirait l’attention de l’opinion publique internationale sur la pénibilité du travail dans l’atelier du monde. Aujourd’hui, la Chine est dominée par les services et ce sont les géants de la tech, Alibaba, Tencent, Pinduoduo, JD.com, Meituan qui sont sur le gril. Avec une différence de taille : les victimes sont rarement des salariés, mais le plus souvent des travailleurs soi-disant indépendants.
Certes, cette évolution est mondiale. L’ubérisation de l’économie n’épargne aucun pays. En Chine, Uber ayant dû s’incliner devant son homologue local, Didi, on peut parler de « didigitalisation » de l’économie. Avec, là encore, une différence importante : dans la plupart des autres pays, ce phénomène touche au maximum 4 % de la population active (comme au Royaume-Uni). En revanche, en Chine, pas moins de 78 millions de personnes, soit 10 % de la population active, sont concernées, selon une analyse publiée par l’Organisation internationale du travail (OIT) à l’automne 2020.
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