France World

« Biélorussie, Syrie, Ukraine… on parle à la Russie, beaucoup, mais souvent dans le vide »

Chronique. Sur un sujet au moins, la clameur parisienne qui monte de la campagne électorale, à l’extrême droite comme à l’extrême gauche, en passant par la vieille droite de gouvernement, fait entendre la même rengaine. A nos difficultés de politique étrangère, un seul recours : le président russe Vladimir Poutine. L’incantation relève de la magie noire ou du vaudou car, le plus souvent, elle revient à prendre pour remède la source de nos problèmes. Ce qu’illustre parfaitement l’affaire biélorusse.

Pacifiquement mais résolument contesté au lendemain d’un scrutin à l’été 2020, le dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko, parangon de violence brute, s’accroche au pouvoir par la force. Il écrase le moindre geste de défi et, dans l’exercice, il dispose du plein soutien de la Russie. Non pas que Poutine ait le moindre respect pour Loukachenko, qu’il méprise, mais sa chute pourrait entraîner le glissement de la Biélorussie vers le camp occidental.

Inacceptable dans l’univers poutinien où le souci premier est de reconstituer au maximum l’« étranger proche » de l’ère soviétique – une vaste zone de sécurité aux marches de la Russie. Là, dans cet entre-deux, un pays ne dispose que d’une souveraineté limitée et, au minimum, se voit interdire tout arrangement avec l’Union européenne (UE). A ce souci stratégique se mêle l’hostilité fondamentale de Poutine à l’UE. Ce ne sont pas les sanctions qu’a pu prendre l’Union contre la Russie qui sont en cause, encore qu’elles jouent un rôle. La crainte du Kremlin, c’est l’idée même d’une entité européenne qui pourrait voir le jour et s’imposerait dans le rapport de force avec Moscou.

Realpolitik contre « angéliques »

Il faut partir de cette réalité : la Russie de Poutine, c’est son droit, est hostile au projet européen. Elle cherche à lui nuire. Elle a défendu le Brexit et elle soutient les partis europhobes au sein de l’UE. Elle traite Bruxelles avec mépris. La Russie n’a peut-être pas aidé Loukachenko à monter l’attaque hybride contre l’Union à laquelle il se livre en instrumentalisant l’immigration. Mais les services russes n’ont pas pu en ignorer les préparatifs. Comme dit l’Espagnol Josep Borrell, le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères : « Loukachenko agit comme il le fait parce qu’il est appuyé massivement par la Russie, même si elle le nie. »

Il n’empêche, « sautant sur leurs sièges comme des cabris », dirait Charles de Gaulle, nombre de postulants à l’élection présidentielle occupent les plateaux de télévision pour psalmodier ce vieux mantra français : « la Russie, la Russie, la Russie ». Un dialogue approfondi, ou, mieux encore, exclusif, avec Poutine réglerait bien des problèmes – de l’Ukraine à la Syrie, de la Biélorussie à l’obsolescence de l’architecture de sécurité en Europe, disent-ils. Ceux-là prétendent encore incarner la realpolitik, source de solutions, et dénoncent le droit-de-l’hommisme angélique de leurs contradicteurs, source d’illusions.

Il vous reste 48.84% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Source

L’article « Biélorussie, Syrie, Ukraine… on parle à la Russie, beaucoup, mais souvent dans le vide » est apparu en premier sur zimo news.