France World

Après la guerre au Haut-Karabakh, le sort des prisonniers arméniens en suspens

Des prisonniers arméniens tout juste libérés sont vus à travers une fenêtre de bus à leur arrivée dans un aéroport militaire à l’extérieur d’Erevan, en Arménie, le lundi 14 décembre 2020. Des prisonniers arméniens tout juste libérés sont vus à travers une fenêtre de bus à leur arrivée dans un aéroport militaire à l’extérieur d’Erevan, en Arménie, le lundi 14 décembre 2020.

Quand il arrive chez son père pour lui dire de fuir le village, ce 10 octobre 2020, il est déjà trop tard. Les soldats azerbaïdjanais sont là, dans la cour de la maison. Sasha Gharakhanyan, un retraité arménien de 71 ans, et son fils Arsen, 44 ans et engagé volontaire au front, sont capturés tous les deux, puis emmenés sur la place centrale de Hadrut. Les rues sont désertes. Ne restent que les forces azerbaïdjanaises, sur le point de reconquérir la région, autour de l’enclave disputée du Haut-Karabakh.

Les captifs sont amenés par petits groupes sur la place. « Mon père a vu plusieurs personnes se faire égorger, puis il a été violemment frappé aux pieds, dans le dos, derrière la nuque et sur la tête, raconte au Monde la fille de Sasha Gharakhanyan, Marina, depuis sa maison à Stepanakert, la capitale de l’enclave séparatiste. Il a eu des côtes cassées. Ensuite, ils lui ont entaillé la main, l’ont attachée à son pied et l’ont suspendu comme ça, jusqu’à ce qu’il s’évanouisse. »

Lorsqu’il reprend conscience, le vieil homme est dans une cellule à Bakou avec cinq autres détenus. Nulle trace de son fils. Près de deux mois s’écoulent avant qu’il reçoive la visite du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). L’homme est libéré et rapatrié à Erevan peu après, le 14 décembre, avec 43 autres prisonniers militaires et civils. Le même jour, l’Arménie restitue à Bakou les 12 détenus azerbaïdjanais capturés pendant la guerre, conformément aux engagements du cessez-le-feu signé le 9 novembre 2020, qui scelle la défaite humiliante de l’Arménie et prévoit l’échange des prisonniers entre les deux pays, selon le principe du « tous pour tous ».

« On ne peut pas leur faire confiance »

Arsen Gharakhanyan, lui, ne refait surface que trois semaines plus tard, le 6 janvier, dans une vidéo diffusée sur TikTok. La plate-forme, prisée par les adolescents, est utilisée par les soldats azerbaïdjanais pour publier de courtes séquences filmées avec les prisonniers. Ce jour-là, la famille Gharakhanyan est réunie chez elle pour l’anniversaire de la grand-mère. Ce sont les petits-enfants, branchés sur TikTok, qui reconnaissent leur proche. « C’est tonton ! C’est tonton ! »

Sur la vidéo, que Le Monde a pu consulter, les soldats azerbaïdjanais lui demandent de répéter « Au revoir Chouchi », « Le Karabakh est azerbaïdjanais », « Les Azerbaïdjanais sont les meilleurs », et « Pachinian [le premier ministre arménien] est un pédé ». Arsen Gharakhanyan a le visage amaigri et mangé par une barbe épaisse, mais il est vivant.

Il vous reste 61.39% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Source

L’article Après la guerre au Haut-Karabakh, le sort des prisonniers arméniens en suspens est apparu en premier sur zimo news.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *